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C’est un scoop, ça?

Une étude récente montre que, bien plus que l’alimentation, c’est le manque d’activité physique qui explique l’augmentation continue de la prévalence d’obésité aux Etats-Unis.
Je vous vois venir… « C’est pas un scoop, on sait déjà » pensez-vous sûrement. Ou « Et alors, c’est les Etats-Unis, c’est NORMAL, c’est pas comme ici ».
Oui, on sait déjà. Et oui, il s’agit des Etats-Unis. Mais c’est QUAND MEME important.
C’est important, parce que l’étude en question s’est concentrée sur des données des 20 dernières années. Des données que nous sommes incapables de produire en Suisse pour le moment. Il s’agit d’une enquête qui évalue de manière continue l’alimentation, l’activité physique et des mesures telles que le poids et la taille d’échantillons représentatifs de la population américaine. Pour celles et ceux que ça intéresse, l’étude s’appelle NHANES, et produit des tonnes d’informations passionnantes, accessibles ici.
En analysant ces données, les chercheur-euse-s se sont aperçu-e-s que l’apport énergétique (les calories consommées en moyenne par les participant-e-s à l’étude) n’avait pas changé de manière significative. En revanche, l’activité physique oui. Et l’excès de poids aussi.
En particulier, la sédentarité, qui concernait 19% des femmes en 1994, avait augmenté de plus de 170%, et touchait près de 52% de femmes en 2010 ! Les hommes sédentaires étaient environ 11% en 1994 et plus de 43% en 2010. Durant cette période, l’indice de masse corporelle (un indicateur de corpulence) avait augmenté de manière dramatique, particulièrement chez les femmes de 18 à 39 ans.
La méthode et les résultats de cette étude ont paru dans le prestigieux « American Journal of Medicine ». Son éditrice, Pamela Powers Hannley appelle à l’action immédiate. On ne peut que être d’accord. Hélas elle atténue la puissance de son message en prônant que ” les communautés pourvoient à des lieux permettant de pratiquer de l’activité physique en sécurité”.

Bof.

Personnellement, j’ai une super recette à vous proposer.
Je propose qu’on augmente drastiquement (mais alors drastiquement hein) le prix de l’essence. Ça, on sait que ça marche. Le seul moment où l’activité physique a réellement augmenté (et le surpoids diminué) aux Etats-Unis, c’était pendant la crise pétrolière. On n’a pas de mesures en Suisse, mais je suis certaine que la même tendance s’observerait ici. Cette histoire (et plein d’autres) sont racontées de manière absolument passionnante dans un petit bouquin que je vous recommande: The Energy Glut, de Ian Roberts et Phil Edwards. Le jour où on ne sera plus terrifiés de se rendre (ou d’envoyer nos mômes) à pied ou à vélo sur une route pour l’instant accaparée par des véhicules motorisés et dangereux, il n’y aura plus besoin d’imaginer des trucs fumeux du genre “La semaine européenne du sport” .

L’activité physique ferait juste partie de nos vies, comme il se doit, et ne nous mettra plus en danger de mort.

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Stigmatisation dans les trains suisses

La directive* de l’Office fédéral des transports interdisant aux CFF d’engager des professionnels obèses est indigne et scandaleuse. Et pourtant, aucune manif à l’horizon. Imaginons une seconde que la directive s’intitule « Prière de ne pas engager de juifs/noirs/femmes/hommes »… vous voyez le tollé ? Cette situation, relayée par la presse**, résonne fortement avec la conférence donnée récemment par le professeur J.P. Poulain, venu à Genève à l’instigation de ma collègue Magali Volery, du CCNP***. Il y abordait notamment la stigmatisation des personnes obèses, réduites à leur caractéristique la plus visible, leur corpulence. Leurs qualités personnelles, leurs compétences, leur valeur en tant qu’être humain sont gommées par la vision que la société porte sur les gros. La stigmatisation a ceci de terrifiant que la personne qui la subit finit par intérioriser la dévalorisation et trouve normal d’être considérée ainsi.

Reprenons : pourquoi les CFF ne peuvent pas engager quelqu’un avec un BMI jugé excessif ? En raison du risque de somnolence diurne plus élevé chez les obèses, selon la porte-parole. Entre nous, il vaudrait mieux éviter d’engager des ronfleurs, car le ronflement est associé aux apnées du sommeil, qui augmentent le risque de somnolence durant la journée. Statistiquement, les hommes ronflent plus souvent que les femmes, donc par sécurité, il vaudrait mieux engager uniquement des femmes. Absurde ? Simplement un raisonnement poussé à sa limite.

Il est évidemment légitime de souhaiter engager des personnes avec les caractéristiques indispensables pour une activité donnée ; mais une directive telle que celle des CFF va bien au-delà de cela : elle réduit les obèses à des personnes somnolentes. Elle stigmatise. Elle est totalement injuste. Et insuffisamment dénoncée : car au-delà des taquineries, moqueries et vexations individuelles, c’est bien toute la société qui justifie la stigmatisation des gros. Hélas je n’entends pas de révolte gronder…

* Directive de l’OFT parue le 1er avril 2010 – on peut toujours rêver qu’il s’agit d’un poisson d’avril
** Notamment dans Le Courrier du 21 juin 2011
*** http://www.ccnp-ge.ch/index.html
Pour en savoir plus : Poulain J. Sociologie de l’obésité. Presses Universitaires de France 2009.

Du pneu graisseux

Lorsque j’étais étudiante, le tissu adipeux était vu comme un simple lieu de stockage du surplus d’énergie. Une espèce de garde-manger extensible à l’infini. La graisse était déposée dans les cellules adipeuses qui se multipliaient lorsqu’elles étaient saturées.
Depuis quelques années, il est devenu évident que le tissu adipeux fonctionne comme un organe à part entière, capable de secréter 80 protéines différentes*. Elles répondent à de jolis noms : Leptine contribue à contrôler notre appétit, Adiponectine et Résistine influencent le taux de sucre dans le sang. Le rôle précis de la plupart de ces substances est pour l’instant encore inconnu, mais le tissu adipeux viscéral, le « pneu » graisseux autour de la taille, sécrète le plus de substances néfastes pour notre santé. Ceci explique que les personnes en forme de « pomme » ont un risque accru d’être atteintes de maladies cardio-vasculaires, de diabète et de certains cancers que les personnes en forme de « poire ». La mesure du tour de taille fait dorénavant partie du diagnostic nutritionnel : les femmes dont le tour de taille dépasse 88 cm ont un risque de maladies plus élevé, quel que soit leur poids. Pour les hommes, cette limite est de 102 cm.
Aujourd’hui, les étudiant-e-s en nutrition et diététique apprennent les fonctions du tissu adipeux et des substances qu’il sécrète. Mais aussi qu’une perte de 10% de poids chez une personne avec un excès de graisse abdominale permet d’améliorer significativement le taux de sucre et de graisses dans le sang, la tension artérielle et la résistance à l’insuline. Ce qui paraît comme une perte de poids modeste pour certain-e-s a un véritable impact sur la santé !
*Récemment, une équipe néerlandaise a identifié 6 nouvelles protéines et 20 qui n’avaient pas encore été détectées dans les adipocytes humains. Identification of Novel Human Adipocyte Secreted Proteins by Using SGBS Cells. Anja Rosenow et al. Journal of Proteome Research, 2010; 9:5389–5401.

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