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La micronutrition. Souvent inutile, parfois nécessaire.

Si vous êtes soucieux-se de votre santé, vous faites peut-être partie des nombreuses personnes qui avalent un comprimé de micronutriments avec votre boisson au petit-déjeuner. Aux Etats-Unis, cet acte anodin est partagé par 77% des adultes et alimente un marché de 125 milliards de dollars (en 2018). En Suisse on n’a pas de statistiques, mais une rapide visite sur n’importe quel moteur de recherche permet de constater à quel point il s’agit d’un business florissant. D’ailleurs quelques jours de formation suffisent pour devenir “micronutritionniste”.

La supplémentation en micronutriments séduit par sa logique implacable : si une substance a des vertus anti-inflammatoires (par exemple), alors sa consommation accrue va réduire mon inflammation. Raisonnement logique à première vue, mais faux. Hélas pour les consommateurs, il n’y a aucune preuve que les comprimés de vitamines, minéraux ou autres oligo-éléments sont utiles chez des personnes en bonne santé. Pour le dire simplement, la supplémentation en micronutriments est souvent inutile.

Prenons l’exemple du curcuma, ou plutôt de la curcumine, très souvent prescrite par les micronutritionistes. Cette substance, parce qu’elle a un effet antioxydant au niveau cellulaire, est vendue pour lutter contre l’inflammation, le vieillissement et même le cancer. On la trouve pour 40.- CHF le pot de 60 comprimés sur internet, soit un peu plus de 65 centimes par comprimé de 30 mg de curcumine. Parfois un peu plus, parfois un peu moins. Mais peu importe, puisque la majorité des chercheurs qui ont testé la curcumine chez des vraies personnes (et pas chez des souris) leur ont demandé de consommer entre 1 et 2 g de curcumine par jour. Soit entre 33 et 66 de ces gélules vendues dans le commerce. Rassurez-vous, il n’est pas nécessaire de dépenser 21.- à 43.- CHF par jour. Parce qu’une méta-analyse récente a montré que la curcumine n’avait pas d’effet favorable sur l’inflammation, mais aussi parce que l’impact chez des personnes en bonne santé est hautement improbable. L’un des chercheurs les plus influents sur le sujet a même récemment démissionné, après avoir échoué à démontrer la probité de ses recherches (un grand nombre de ses publications ont été retirées par les revues scientifiques qui les avaient initialement publiées).

Bien que souvent inutile, la supplémentation est parfois nécessaire. Par exemple, si vous éliminez certains types d’aliments de manière systématique, vous êtes plus à risque de manquer de certains nutriments. Peu importe vos raisons, conviction personnelle, intolérance digestive, allergie ou simplement par goût, si vous avez banni un groupe d’aliments allez voir un-e professionnel-le pour prévenir les carences à long terme. Ou alors, si vous mangez très peu. Ou encore si vos besoins sont accrus en raison d’une activité sportive très élevée, d’une grossesse, ou d’une malabsorption digestive. Je vous conseille alors de faire évaluer vos apports nutritionnels par un-e professionnel-le qualifié-e, éventuellement de faire une analyse sanguine par votre médecin. La question qui se pose alors est d’évaluer si une supplémentation est nécessaire, ou s’il est réaliste de couvrir vos besoins avec des aliments acceptables pour vous. Dois-je préciser qu’il vaut mieux éviter les personnes qui vendent des micronutriments, du moins si vous voulez un avis neutre dénué de conflit d’intérêt?

Souvent inutile, parfois nécessaire, il se peut aussi qu’une supplémentation s’avère délétère. Par exemple des apports excessifs de fer ont pour effet secondaire de réduire l’absorption de zinc, un micronutriment indispensable pour le système immunitaire. En cherchant à bien faire, on nuit parfois à sa santé.

D’une manière générale la prudence est donc de mise. Une supplémentation en micronutriments n’est pas anodine et les allégations qui accompagnent certains produits sont souvent exagérées pour ne pas dire carrément mensongères. J’y reviendrai dans un prochain post sur la spiruline, dans lequel je vous relaterai le Travail de Bachelor de deux de mes étudiantes brillantes, Christelle Ducrest et Elodie Bapst.

 

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