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Mars vs Cervelas

Un repas impromptu et convivial aux Marécottes, chez des amis d’un ami. Je tente de garder ma profession secrète le plus longtemps possible. Je n’aime pas être à l’origine de regards gênés sur les assiettes de frites, ni être interrogée à longueur de repas sur la composition des aliments ou l’efficacité de tel régime.

Ce soir-là j’ai fini par être démasquée et me suis retrouvée à arbitrer le combat Mars vs Cervelas. Je suis parvenue à botter en touche, arguant être en congé, mais ne pouvais pas échapper à mes responsabilités plus longtemps !

Chacun son « comfort food ». Madame est plutôt Cervelas, Monsieur préfère les Mars. Quel est le meilleur choix ? Eh bien, c’est très simple : Monsieur ne trouvera pas le même réconfort dans une saucisse que dans du chocolat. Et Madame ne sera pas satisfaite de chocolat, quel que soit le nombre de barres ingurgitées. Ce qui stimule notre centre du plaisir, dans le cerveau, nous est propre et le passage en bouche déclenche des réponses gustatives et sensorielles bien particulières. L’onctuosité collante d’un Mars ne se compare pas au craquement juteux d’un Cervelas. La combinaison sucre-gras est un délice pour les uns, d’autres ne jurent que par le couple sel-gras.

Sur le plan nutritionnel, ni le Cervelas ni le Mars ne sont très intéressants. Pour 100 grammes*, le Mars est plus énergétique, le Cervelas plus gras. Dans le cas de Monsieur et Madame, ces aliments ne sont pas consommés pour leurs vertus nutritionnelles, mais bien pour leur palatabilité. Et au final, l’impact sur la santé dépendra de la quantité consommée. Le Mars ou le Cervelas pour combler un « p’tit creux » a sa place dans une alimentation normale. Mais dès lors que la prise alimentaire dépasse une portion standard, devient compulsive, irrésistible, il ne s’agit plus de comparer des aliments. Il s’agit d’investiguer un comportement alimentaire qui semble mener sa propre vie, qui envahit les pensées et fait perdre tout sentiment de contrôle. Alors Monsieur, ce Mars, vous avez vraiment choisi de le manger ? Ou c’est lui qui vous a choisi ? Et vous Madame, ce Cervelas, vous le mangez avec plaisir pour combler une petite faim ? Ou il vous envahit de culpabilité parce que vous l’avalez en vitesse debout devant le frigo sans avoir vraiment d’appétit?

Il n’y a pas de meilleur choix entre un Cervelas et un Mars. Seulement des moments où l’on apprécie plutôt l’un, ou plutôt l’autre.

*Attention, un Cervelas ne fait pas le même poids qu’un Mars… et les poids varient selon les emballages!

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L’huile de palme est parmi nous

Extrait d’une conversation entendue dans le préau de l’école de Veyrier:
– Si si, je te jure il y a de la graisse de palme dans ces biscuits!
– Mais non, regarde le paquet, attends, je te montre la liste des ingrédients.
– Mais si, regarde là, c’est écrit “graisses végétales”, c’est la même chose!
– Mais non!
– Mais si!
– Mais non !
– Mais SI!
… etc.
Ce dialogue se tenait entre deux fillettes de 8 ans et demi et si le sujet n’était pas si sérieux, on pourrait se réjouir de leurs préoccupations.

Cela fait des années que les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme concernant l’huile de palme, dans le sillage du Prof. Ailhaud, qui a mis en évidence le lien entre consommation de graisse de palme et obésité, entre autres. Cela fait des années que les biologistes crient au secours au nom de la faune dont l’habitat est menacé par les plantations de palmiers à huile. La journaliste Isabelle Moncada y avait consacré un numéro de son émission de santé (36.9°, la Palme de la malbouffe),  en collaboration avec la filière Nutrition et diététique de la Haute Ecole de Santé de Genève.

Aujourd’hui, les tentatives pour limiter la graisse de palme dans notre alimentation sont encore bien timides. Le changement viendra peut-être grâce aux préoccupations de la prochaine génération? Espérons qu’il ne faille pas attendre si longtemps, et que les consommateurs réaliseront que sous l’appellation apparemment innocente de “graisses végétales”,  l’huile de palme est parmi nous.

PS Merci à Alice pour le titre de ce billet!

Atkins et le dur à cuire

Sous ses dehors de dur à cuire se cache une âme sensible. Cet hédoniste vient me voir car il ne trouve plus de chemises suffisamment élégantes qui puissent habiller son corps imposant. Depuis quelques temps, il suit le régime « Atkins » pour perdre du poids. Le régime en question a presque 40 ans et je suis toujours surprise qu’il résiste aux connaissances scientifiques actuelles !

Pour perdre du poids, le régime Atkins est aussi efficace que n’importe quel autre régime : réduisez l’apport calorique, et le poids baissera1. Attention : efficacité à (très) court terme, et seulement si le métabolisme n’a pas été abimé par des régimes amaigrissants à répétition.

Mon dur à cuire au cœur tendre s’est donc transformé en carnivore. Exit le pain, les pâtes, le riz et autres aliments pourvoyeurs de glucides. Par ici le beurre, les steaks de 200g et autres tartares riches en protéines animales !

Une étude récente2 pourrait bien avoir la peau du régime Atkins. Des données issues de 26 ans de suivi chez plus de 120’000 personnes ont mis en évidence qu’une alimentation réduite en glucides était associée à une légère augmentation de la mortalité. Mais en séparant ces petits consommateurs de glucides en 2 groupes, les chercheur-euse-s se sont rendu compte que c’étaient celles qui se servaient principalement d’aliments d’origine animale qui augmentaient leur risque de décéder de maladies cardio-vasculaire et de cancer. Et que, parmi les « petits consommateurs » de glucides, celles et ceux qui privilégiaient les sources de protéines végétales (lentilles et tofu par exemple) diminuaient de 20% leur risque de décès.

Conclusion, une réduction raisonnable des apports en glucides n’est pas une mauvaise idée, à condition de privilégier les végétaux. Mon patient hédoniste va apprendre à apprécier les protéines d’origine végétale, pois cassés, haricots secs et autres quinoa. Et savourer de temps à autres un morceau de viande … de moins de 200 g !

1 Prof A. Golay et son équipe l’ont montré il y a déjà de nombreuses années dans une étude menée à Genève. Similar weight loss with low- or high-carbohydrate diets. A Golay, AF Allaz, Y Morel, N de Tonnac, S Tankova and G Reaven, American Journal of Clinical Nutrition, 1996 : 63; 174-178.

2Publiée par Teresa Fung et coll. Low-Carbohydrate Diets and All-Cause and Cause-Specific Mortality. Annals of Internal Medicine, 2010 (7 sept); 153:289-298.

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