Posts Tagged ‘ Enfants ’

Tout frais de Paris

Il est de ces situations professionnelles qui me mettent en joie. Le congrès 2012 de l’OCHA (Observatoire Cniel des Habitudes Alimentaires) qui vient de se tenir à Paris est de celles-là.

L’eau à la bouche. Le lieu, mythique, l’Institut Pasteur. Le temps, maussade, qui nous invite à nous lover dans les fauteuils et à ouvrir les oreilles. Le programme, varié, mêlant sciences humaines et biomédicales. La promesse de se laisser ravir par quelques orateurs de renom, et l’espoir d’être « déçue en bien » par les autres.

Menu de choix
C’est avec délectation que j’écoute Jean-Louis Bresson, pédiatre à Necker, Paris. Avec brio mais sans esbroufe, il démontre point par point que les régimes contre l’autisme ne reposent sur aucun argument solide. J’y reviendrai dans un prochain post.

Je bois du petit lait à l’écoute de Jean-Michel Lecerf, chef du service de nutrition de l’Institut Pasteur de Lille. Il revient sur le rapport accablant de l’ANSES, qui s’est attaqué sans complaisance aux régimes amaigrissants. Puits de connaissance, excellent pédagogue, clinicien à l’écoute de ses patients, chercheur curieux, autant de facettes que j’entrevois durant sa trop courte conférence.

Je partage la surprise de l’orateur australien John Coveney, de la Flinders University, qui pensait rencontrer une grande opposition lorsque les choix alimentaires des cantines scolaires ont été revus : exit les aliments trop gras, trop sucrés, trop salés, par ici les légumes, fruits et céréales complètes. Pas de tollé, mais des revendications extraordinaires concernant la notification des allergènes alimentaires.

Je bois les paroles de Denise-Anne Moneret Vautrin, professeures en immunologie au CHU de Nancy. Elle parvient à rendre limpide une thématique ardue, les allergies alimentaires. Les preuves scientifiques et l’expérience clinique sont unies pour donner au discours une force extraordinaire, dans lequel les personnes concernées, qu’elles soient allergiques « pour de vrai » ou qu’elles pensent l’être, occupent la place centrale.

Je me régale des résultats des recherches de Valérie Adt sociologue au centre Edgar Morin à Paris, concernant la socialisation et les manières de tables. Les faits scientifiques sont illustrés d’anecdotes racontées avec la passion d’une chercheuse éprise de sa thématique.

Et tant d’autres ! Le partage du vécu de Mohamed Merdji, le berbère, décrypté par le même, mais avec sa casquette de sociologue et chercheur. Les échanges riches mais jamais pontifiants, les questions qui apportent de nouveaux éclairages, les synthèses de Claude Fischler, sociologue, directeur de recherche au CNRS à Paris. Il y a l’Histoire, avec un grand H, qui s’invite à table sur un thème qui m’est cher, le choix alimentaire (ou plutôt son absence) contraint par la « lignée » sous l’Ancien régime, distillée avec bonheur par Florent Quellier de l’Université de Tours.

Et puis ma grande déception. Celle de manquer la conférence de Jean-Pierre Poulain, notre sociologue préféré (nous du CAS-Obésité), de l’Université du Mirail à Toulouse… Pour ne pas manquer mon train. Il faudra qu’il vienne nous la refaire à Genève…

Le dessert. C’est un plateau de mignardises. Voyager avec ma collègue et néanmoins amie Sophie. Nouer des contacts avec des professionnels passionnés et réfléchir avec eux à de futurs projets de recherche. Faire des plans sur la comète, en oubliant, pour 2 jours, les contraintes du quotidien.

Advertisements

Ça donne des ailes. Vraiment ?

Luc* s’entraîne dur. Des heures sur le vélo, selon un programme d’entraînement précis et des compétitions exigeantes. Persuadé que certaines boissons boostent sa performance, il a un peu forcé la dose récemment, et s’est retrouvé dans un tel état d’agitation qu’il a sans doute perdu beaucoup d’énergie pour trouver le calme et la concentration nécessaires à un bon départ.

Lili* m’appelle de chez le médecin pour me demander de récupérer ses enfants à l’école. Prise de palpitations et de douleurs à la poitrine, elle s’est rendue à la permanence où on lui diagnostiqué une hypertension artérielle qui lui a valu une nuit d’observation à l’hôpital.

Dakota Sailor, un jeune américain de 18 ans, a du être hospitalisé 5 jours après une syncope. En cause, la consommation de deux cannettes de boisson énergisante dont la teneur en caféine dépasse largement ce qui se trouve habituellement dans les boissons sucrées.

Point commun entre ces trois situations ? La consommation de boissons énergisantes, encouragée par un marketing qui « donne des ailes ».

En tant que denrées alimentaires, les boissons énergisantes bénéficient d’une législation très souple et il n’est pas nécessaire de définir des doses de consommation maximales. Aux Etats-Unis, l’Association des centres toxicologiques (American Association of Poison Control) essaye de recenser les « drink overdoses » liées aux boissons énergisantes : près de 200 cas sont rapportés chaque mois, la plupart concernant des enfants. Syncopes, hallucinations, palpitations, douleurs thoraciques, hypertension et irritabilité sont les principaux symptômes.

Luc perçoit ce qu’une étude récente a mis en lumière (1) : l’ingestion de caféine améliore les « sensations » sur le vélo. Une autre étude a démontré une amélioration de la performance sur un contre-la-montre après ingestion de 500 ml de Red Bull comparé à un placebo de même saveur (2). Amélioration (très) modeste qui demande à être confirmée. Mais est-ce que des doses supplémentaires améliorent encore la performance ? Y a-t-il une habituation de l’organisme au produit ? Quel est l’impact neurologique et digestif d’une utilisation à long terme ?

Lili a réduit drastiquement sa consommation de boissons énergisantes. Après une difficile désaccoutumance, elle s’en tient à une cannette de Red Bull par jour. Sa tension est redevenue normale et elle dort mieux.

Quant aux enfants, ils doivent être protégés contre l’utilisation de ces boissons : la caféine peut engendrer la dépendance et est déconseillée avant l’âge de 11 ans (3). Dans le canton de Genève, deux écoles primaires de la commune de Plan-les-Ouates ont récemment interdit la consommation de boissons énergisantes sur le temps scolaire. Décision courageuse dans un climat de « responsabilité individuelle ».

*Prénom d’emprunt, les concernés se reconnaîtront !
(1) Backhouse SH et al. Caffeine ingestion, affect and perceived exertion during prolonged cycling. Appetite 2011; 57:247-52.
(2) Ivy JL et al. Improved cycling time-trial performance after ingestion of a caffeine energy drink. Int J Sport Nutr Exerc Metab. 2009;19:61-78.
(3) Seifert SM et al. Health effects of energy drinks on children, adolescents, and young adults.Pediatrics 2011; 127:511-28.

Du sucre en liquide

Il y a bien des années, j’avais emmené le fils de mes amis B & B au cinéma. Il devait avoir 7 ans à l’époque et Tarzan était son premier « vrai » film. A l’entracte, déterminée à faire de cette sortie une vraie fête, je lui ai laissé choisir ce qu’il voulait. A ma grande surprise d’alors, il a demandé de l’eau.
Je ne sais pas ce qu’il choisirait aujourd’hui qu’il est adolescent, tant le précieux liquide a été détrôné par les boissons sucrées et les jus de fruits. Aux Etats-Unis en particulier, la consommation de sodas et jus de fruits a augmenté de manière importante depuis la fin des années ’90, pour atteindre près de 15% de l’apport énergétique total quotidien. De nombreuses études ont montré une corrélation entre boissons sucrées et obésité, tant chez les adultes que les enfants*.
Les enfants, cibles privilégiées des fabricants des boissons sucrées (c’est « fun ») ou de jus de fruits (c’est « sain » et ça rassure les parents), régulent en général assez bien leurs apports énergétiques selon leur sensation de faim. Lorsqu’ils sont rassasiés, ils cessent de manger. Hélas pour eux, les calories apportées sous forme liquide sont mal « comptabilisées » par leur organisme, et ne contribuent pour ainsi dire pas à la sensation de satiété. Le verre de soda ou de jus de fruits à 85 kcal (pour 2 dl) passe quasi inaperçu dans la neurobiologie complexe qui régit la faim et la satiété. Alors qu’il ne viendrait pas l’idée à quiconque de manger 7 à 9 morceaux de sucre en une fois, c’est bien ce qui se passe lorsqu’on avale le contenu d’une canette de boisson sucrée !
« Jus et Sodas, ce n’est pas pareil » me rétorque-t-on parfois. C’est vrai, ce n’est pas tout à fait pareil. Les jus apportent un peu de fibres et de vitamine C, sans doute quelques nutriments introuvables dans les sodas, et le type de sucre n’est pas le même (fructose, saccharose ou HFCS pour High fructose corn sirup). Mais il faut être conscient qu’un dl de jus apporte environ 10g de glucides, autant que n’importe quel soda. Même lorsqu’il s’agit de « pur jus sans sucre ajouté ». Bref, du sucre liquide qui se transforme en or en barre pour les firmes agroalimentaires.
Faut-il pour autant bannir les jus de fruits ou les boissons sucrées ? Certainement pas. Mais ne nous leurrons pas : boire un jus n’a pas le même impact sur la santé que croquer une pomme. Adoptons la sagesse de notre jeune cinéphile : privilégions l’eau pour nous désaltérer.
*Par exemple : Vartanian LR et al. Effects of soft drink consumption on nutrition and health: a systematic review and meta-analysis. Am J Public Health 2007;97:667-75.

L’huile de palme est parmi nous

Extrait d’une conversation entendue dans le préau de l’école de Veyrier:
– Si si, je te jure il y a de la graisse de palme dans ces biscuits!
– Mais non, regarde le paquet, attends, je te montre la liste des ingrédients.
– Mais si, regarde là, c’est écrit “graisses végétales”, c’est la même chose!
– Mais non!
– Mais si!
– Mais non !
– Mais SI!
… etc.
Ce dialogue se tenait entre deux fillettes de 8 ans et demi et si le sujet n’était pas si sérieux, on pourrait se réjouir de leurs préoccupations.

Cela fait des années que les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme concernant l’huile de palme, dans le sillage du Prof. Ailhaud, qui a mis en évidence le lien entre consommation de graisse de palme et obésité, entre autres. Cela fait des années que les biologistes crient au secours au nom de la faune dont l’habitat est menacé par les plantations de palmiers à huile. La journaliste Isabelle Moncada y avait consacré un numéro de son émission de santé (36.9°, la Palme de la malbouffe),  en collaboration avec la filière Nutrition et diététique de la Haute Ecole de Santé de Genève.

Aujourd’hui, les tentatives pour limiter la graisse de palme dans notre alimentation sont encore bien timides. Le changement viendra peut-être grâce aux préoccupations de la prochaine génération? Espérons qu’il ne faille pas attendre si longtemps, et que les consommateurs réaliseront que sous l’appellation apparemment innocente de “graisses végétales”,  l’huile de palme est parmi nous.

PS Merci à Alice pour le titre de ce billet!

Allaiter ou ne pas allaiter?

Je termine la lecture de “Le Conflit, la femme et la mère” d’Elisabeth Badinter. Beaucoup d’encre a déjà coulé au sujet de ce livre, et les débats sont animés: une femme qui allaite est-elle plus aliénée qu’une femme qui n’allaite pas? Je n’ai pas de réponse. Mais bien des questions…

  • Comment se fait-il que l’allaitement “bon pour la santé” soit devenu un dogme (ou quasiment), alors que de nombreux autres comportements “bons pour la santé” ne sont que faiblement encouragés?
  • Pourquoi tant de gens croient qu’une femme active professionnellement ne peut pas allaiter, alors que les tire-laits modernes n’ont de barbare que le nom?
  • Avez-vous remarqué que les femmes qui n’allaitent pas se justifient spontanément, comme si elles avaient fait quelque chose de “mal”?
  • Pourquoi est il devenu si gênant pour certaines femmes d’allaiter en public?
  • Est-ce que tout le monde a oublié que la qualité du lait maternel (dont la composition nutritionnelle est supposée  “parfaite”) dépend principalement de la qualité de l’alimentation de la mère? (eh oui, la graisse de palme cachée dans son alimentation affectera son lait…)
  • Qu’est-ce qui est le plus “pratique”: le biberon, ou l’allaitement? (Autant demander si c’est plus pratique de faire ses courses à la Migros ou à la Coop… ça dépend!)
  • Les femmes allaitent-elles par plaisir, par sens du devoir ou pour des raisons de santé?
  • Les femmes savent-elles que leur corps résiste à la perte de poids durant l’allaitement (en revanche, le poids revient plus rapidement au niveau initial après le sevrage que s’il n’y a pas d’allaitement)
  • Qui a décrété que l’allaitement à la demande implique qu’on fasse téter bébé dès qu’il couine?
  • … et vous, qu’en pensez-vous?

L’aberration des régimes hypocaloriques

Dans notre jargon, les VLCD (very low caloric diets, en anglais) regroupent tous les régimes à (très) basses calories. Quelle que soit la théorie sous-jacente, l’assemblage ou la dissociation des aliments, les rythmes et le nombre de repas préconisés, tous les régimes apportant moins de 1’000 kilocalories par jour tombent dans cette catégorie.

Anne, chaque printemps, se jure de ne pas se laisser avoir. Et chaque printemps, elle se laisse allécher par les promesses en couverture des magazines. Chaque automne, les kilos sont revenus, parfois un peu plus nombreux qu’au départ, alors elle déprime un peu et se dit qu’on ne l’y reprendra plus. Et le printemps arrive… et ça recommence…

Ce qu’Anne vit dans sa chair a une explication physiologique. En diminuant de manière brutale et drastique ses apports alimentaires, Anne oblige son corps à « faire autant avec moins ». En se mettant volontairement en état de sous-alimentation, Anne fait croire à son organisme qu’il est en danger de mort. Si vous vous souvenez de la série « Il était une fois la vie »*, vous pouvez visualiser l’effet d’une telle réduction d’énergie : l’alarme se met en route, tous les voyants sont au rouge, et les protagonistes s’activent pour protéger l’organisme.

L’effet le plus visible est une diminution de la dépense énergétique** et de l’activité de l’hormone thyroïdienne afin de freiner la perte de poids. Anne mange donc moins, beaucoup moins, mais elle dépense également moins d’énergie. Et parce que personne ne peut suivre un régime à très basses calories à long terme, Anne se remettra à manger normalement, un jour ou l’autre. Mais sa dépense d’énergie, elle, ne va pas revenir au niveau initial. Ce qui explique qu’Anne a repris, après chaque régime, plus de poids qu’elle n’en avait perdu.

* Il était une fois la vie, créé par Albert Barillé en 1986.

** Environ 10% de réduction.

Advertisements
%d bloggers like this: