Test de la Garmin Forerunner 735XT

Un post un peu différent que d’habitude, puisque j’ai eu le privilège de tester la Garmin Foreruner 735XT pour New Concept Sport. La vidéo Running Mag 42 est ici. L’essentiel y est dit, mais c’est évidemment succinct. Pour les personnes qui souhaiteraient en savoir un peu plus, voici un résumé de mes principales observations.

Le poids : “Zut, j’ai oublié ma montre !”

La première chose qui frappe lorsqu’on prend la Forerunner 735XT en main, c’est sa légèreté ! Sur le papier, le fabricant annonce 41 g. Ce chiffre ne me disait pas grand’chose, mais au poignet c’est vraiment très, très léger. Et très, très agréable. D’autant que du coup, la montre est plus fine, moins massive et je n’ai plus l’impression de faire une session d’haltérophilie lorsque l’entrainement se prolonge un peu (les personnes aux bras menus me comprendront).

Boutons sur la tranche : agréable mais un peu risqué

L’ergonomie aussi est agréable, avec les boutons de démarrage et de menu sur la tranche. Perso j’aurais préféré enclencher ou actionner les intervalles avec le pouce droit (donc que ces boutons soient positionnés sur le côté proximal lorsqu’on porte la montre à gauche) mais bon, je ne vais pas (trop) faire la fine bouche.

Etant donné qu’il est plus facile d’enfoncer les boutons sur la tranche que sur la face, le risque existe qu’ils s’enfoncent accidentellement, par exemple lorsqu’on enlève la combinaison de natation après une séance en eau libre. Pas grave à l’entrainement, mais durant un triathlon c’est ennuyeux si on a programmé le « multisport ». Dans cette configuration, on appuie sur « lap » à chaque changement de sport et la montre passe automatiquement d’une activité à l’autre. Mais elle ne sait pas revenir en arrière ! Donc en triathlon, il vaut mieux bloquer les touches (très simple à faire) si on ne veut pas se retrouver avec une transition mesurée comme un parcours vélo et ainsi de suite, jusqu’à une course à pied pas mesurée du tout. (Petit détail pour les têtes en l’air, n’oubliez pas de re-débloquer les touches après la natation!).

Fréquence cardiaque : avec ou sans ceinture ?

Autre point fort, l’évaluation de la fréquence cardiaque au poignet ! Quel bonheur d’être débarrassée de la ceinture thoracique ! Mais … il y a un mais. J’ai observé un certain manque de réactivité dans les séances avec des changements de rythme brutaux. Donc l’analyse de l’effort après une séance d’intervalles ne sera pas tout à fait exacte. Et si on base sa séance d’entrainement sur des seuils de fréquence cardiaque, il risque d’y avoir quelques bugs avec des alarmes erronées nous enjoignant de courir plus ou moins vite alors qu’on est, en réalité, parfaitement dans la cible. Rien de rédhibitoire puisqu’on peut, évidemment, courir avec la ceinture tout de même. Elle est à prévoir pour ce type de séance, assurément. Je ne l’ai pas eue en test, mais elle devrait fonctionner aussi bien que les autres modèles.

Grande nouveauté, la fréquence cardiaque se mesure également dans l’eau ! En l’occurrence je n’ai pas eu droit à la ceinture spécifique à cet effet pour le test, donc j’ai continué d’évaluer mon cardio au feeling, à savoir : 1. Mes poumons vont exploser ; 2. Mes poumons vont exploser et mes yeux vont sortir des orbites ; 3. Cette fois c’est foutu, mes poumons explosent, mes yeux sont sortis de ma tête et mes oreilles sonnent le tocsin ; etc. (Vous l’aurez deviné, la natation n’est pas mon point fort). Je ne suis pas certaine de l’intérêt de mesurer la FC durant la natation, mais il faudrait en parler avec un coach. En tant qu’utilisatrice, je constate simplement qu’il faut une 2ème ceinture pour ça.

GPS contre altimètre

Le GPS semblait bien fonctionner, tant à vélo qu’en course à pied. A vélo j’ai comparé les distances avec mon fidèle Garmin Edge 500 et à pied j’ai comparé avec la montre Garmin Forerunner 910XT. Tout allait bien, jusqu’à ce que j’aille faire des 200 m à la piste d’athlétisme. Et l’allure calculée était catastrophique, car pour une raison que j’ignore, la montre que je testais prenait mes 200m pour des 100m ! J’aurais voulu re-tester ça un autre jour, peut-être y avait-il un souci de connexion avec les satellites, mais je n’en ai pas eu l’opportunité. Donc, à vérifier assez vite en cas d’achat !

Une autre remarque concernant le GPS, c’est sur lui que compte la Forerunner 735XT pour évaluer le dénivelé, car si j’ai bien compris le manuel elle ne comporte pas d’altimètre barométrique. Je n’ai pas testé, mais je dirais que ça rend l’évaluation des dénivelés peu précise et probablement pas adaptée pour des trails.

Encore quelques bricoles

Outre une navigation très aisée et une excellente lisibilité, la Forerunner 735XT offre une série de mesures de paramètres « santé » (nombre de pas, heures de sommeil, etc.) Ce n’est pas une réelle plus-value pour des athlètes qui n’ont pas besoin d’une montre qui leur rappelle de se lever de leur bureau pour lutter contre la sédentarité. Et pour des personnes sédentaires qui cherchent à acquérir une meilleure hygiène de vie par le mouvement, je proposerais un outil moins high-tech et moins cher. Mais ce n’est que mon opinion. J’ai été heureuse de pouvoir tester ces fonctions, car ça pourra sûrement être utile dans le cadre de mon travail, mais c’est une autre histoire !

Attention, les triathlètes

Encore un point spécifique aux triathlètes : la montre n’existe pas en kit « démontable ». On ne peut pas, en la pivotant d’un quart de tour, la décrocher de son bracelet pour la fixer sur son cintre de vélo. Si on ne possède pas déjà un outil adapté au cyclisme, je ne recommanderais donc pas la Forerunner 735XT pour le triathlon. Le fait de ne pas pouvoir surveiller ses paramètres en baissant simplement ses yeux vers le cintre de son vélo peut vite devenir un problème. Dès lors, je n’ai pas testé sa capacité à se coupler avec mon capteur de puissance de pédalage ; ce paramètre doit être « sous les yeux ». Si je dois lâcher mon guidon ou me pencher pour lorgner mon poignet ça perd son intérêt.

Un dernier point pour les triathlètes qui se destinent à un événement longue distance : l’autonomie annoncée de la batterie est de 14 heures. Ça donne un objectif pour terminer à temps… (mais attention à ne pas enclencher la montre trop tôt avant le départ !).

Pour terminer, je tiens à préciser que je n’ai rien reçu pour effectuer ce test, ni de la part de Garmin, ni de NCS et que je n’ai pas de conflits d’intérêts.

Barres, Gels, Boissons du sport: comment optimiser leur utilisation?

Le ravitaillement à l’effort, sujet toujours chaud. La Télévision Suisse Romande y a consacré une émission récemment, interviewant notamment notre excellente collègue Valérie Ducommun. Mon post précédent montrait que même les athlètes les plus expérimentés subissent parfois des “accidents de ravito“. Dans l’article ci-dessous, il s’agit de fournir quelques outils pratiques pour planifier son ravito lors d’un effort sportif d’endurance. Cet article est issu d’un travail réalisé par Noémi Schmutz, Diététicienne HES, Assistante à mes côtés au sein de la filière Nutrition et diététique de la HEdS Genève qui co-signe l’article à paraître dans le journal de notre Association professionnelle.

Ravitaillement lors d’activité sportive: quels produits pour quels besoins ?
Par Noémi Schmutz et Maaike Kruseman

En tant que diététicien-ne-s, il n’est pas rare que l’on nous demande une aide dans le choix des boissons, barres ou gels appropriés pour la pratique sportive. Comment s’y retrouver parmi la pléthore de marques à disposition? A quoi servent ces produits, que contiennent-ils, quand sont-ils nécessaires?

Les apports recommandés par l’American College of Sports Medicine (ACSM) pour les épreuves d’endurance de plus d’une heure sont de 0.7 g de glucides par kg de poids corporel par heure ou 30 à 60 g par heure d’exercice1,2. Il s’agit là de la quantité moyenne de glucides pouvant être assimilée par l’organisme à l’effort.

Les boissons énergétiques contenant des glucides et des électrolytes réduisent le risque de déshydratation et contribuent à maintenir la glycémie de l’organisme à l’effort. La concentration optimale est de 6 à 8% de glucides2, ce qui correspond à la majorité des boissons énergétiques, à l’exemple d’Isostar® et de Sponser®. En revanche, certains produits affichent des concentrations de 10 à 12%, tels que Winforce® et Overstims®, les sodas et les jus de fruits. Ceci peut être problématique puisque de nombreuses études ont mis en évidence que la vitesse de vidange de l’estomac diminue avec l’augmentation de l’osmolarité du soluté. Ce phénomène devient sensible pour des concentrations supérieures à 8% de glucides3.

Les barres énergétiques complètent les apports glucidiques des boissons lorsque l’effort se prolonge. L’idéal est d’en fractionner les apports en tenant compte du fait qu’une barre destinée à la pratique sportive contient en moyenne 30 à 40 g de glucides, mais qu’il existe de grandes différences entre les barres : une Powerbar® ou une Mulebar® en apporte jusqu’à 42 g, alors qu’une Punchpower® ou Overstims® en contient moins de la moitié pour la version salée, soit autant que les barres de céréales ordinaires. Parmi ces dernières, les Farmer®, nettement moins chères, constituent dans certains cas un bon choix. Toutefois leur faible contenu en glucides (15 g) nécessite des prises fréquentes. Par exemple, il faudrait consommer 2 à 3 Farmer® par heure pour atteindre les recommandations, ce qui est difficilement réalisable lors d’une épreuve prolongée et peut provoquer un inconfort digestif. Certaines barres riches en lipides (Almondgy®, qui sont des cubes plutôt que des barres) sont un produit un peu à part: ils ne contiennent en moyenne que 12 g de glucides et leur utilisation est spécifique à certains types d’effort de très longue durée et d’intensité modérée.

Les gels énergétiques, extrêmement concentrés, contiennent entre 80 et 95% de glucides, soit environ 25 g par unité (30 g) et permettent de couvrir les besoins glucidiques durant près d’une demi-heure d’effort. En raison de leur osmolarité importante, satisfaire les besoins glucidiques par la seule prise de gels (2 à 3 unités par heure) semble difficilement réalisable, autant du point de vue digestif que gustatif. La consommation de 250 ml d’eau par gel est recommandée par les fabricants afin d’optimiser l’assimilation et d’éviter la déshydratation. Toutefois, il n’y a à ce jour aucune étude qui démontre la différence d’impact sur la performance des gels avec ou sans dilution. Mais il est clair qu’un gel consommé en complément à une boisson énergétique génèrera un apport très concentré en glucides dans l’estomac avec de potentielles difficultés d’absorption.

Parmi l’offre importante de produits énergétiques disponibles sur le marché, le dilemme pour le-la diététicien-ne consiste à proposer aux sportifs-ves des choix appropriés pour exploiter au maximum la capacité d’assimilation des glucides par la membrane intestinale, limitée théoriquement à 60g par heure. Parvenir à consommer une telle quantité de glucides au cours de l’effort nécessite des conseils diététiques précis, adaptés au cas par cas selon les goûts, le type de sport, les conditions climatiques, le prix et la composition des produits qui varient fortement selon les fabricants.

En conclusion, une combinaison judicieuse de boissons, barres et gels peut contribuer à maintenir des efforts de manière prolongée jusqu’au sprint final, le plus important étant la quantité totale de glucides et de liquide ingérée plutôt que la nature de leur apport.

American College of Sports Medicine. Nutrition and Athletic Performance : Position Statement. Medicine & Science in Sports & Exercise. 2009; 709-731.

Potgieter S. Sport nutrition: A review of the latest guidelines for exercise and sport nutrition from the American College of Sport Nutrition, the International Olympic Committee and the International Society for Sports Nutrition. S Afr J Clin Nutr. 2013; 26(1):6-16.

Burke L. Practical Sports Nutrition. Australia : Human Kinetics ; 2007.

Accident de ravito à Hawaï

En-dessous d’une heure, voire d’une heure et demie, la réflexion concernant le ravitaillement durant la course n’a pas beaucoup d’intérêt. Au-delà, il s’agit d’un élément qui a une grande influence sur le résultat et un « accident de ravito » peut coûter très cher. Ce n’est pas JC qui me contredira, lui qui “s’est raté” aux Championnats du monde d’Ironman à Hawaï avec un déficit glucidique important!

Sans entrer dans le détail de la physiologie de l’effort, rappelons que le carburant principal permettant à un muscle de générer un travail intense est le glucose. Les aliments le véhiculent sous différentes formes, amidon, saccarose, fructose, lactose, maltodextrine ou sirop de glucose, peu importe ; l’organisme le transforme et le transporte facilement et c’est tant mieux, car les réserves de glucose à bord d’un corps humain sont assez limitées. C’est la raison pour laquelle il est recommandé de consommer entre 0,5 et 0,7 grammes de glucides par kilo de poids et par heure d’effort. Au-delà, le corps n’assimile pas. En-deçà, il est en déficit. Pour préparer son ravito et savoir le nombre de barres énergétiques ou de gels qu’il faut consommer par heure de course il « suffit » donc d’appliquer la bonne vieille « règle de trois ».

Parmi la pléthore de produits sur le marché, si l’on considère la seule information importante du point de vue de l’effort à venir, à savoir la teneur en glucides, force est de constater que la plupart des barres prévues pour l’effort contiennent en moyenne 30 à 40 grammes de glucides à l’unité. Mais attention aux cas extrêmes ! Une Mulebar® apporte 42 grammes de glucides, alors qu’une barre de Punchpower® ou d’Overstims® en contient moins de le moitié, soit autant qu’une barre de céréales banale de type Farmer®. Cela ne signifie pas que l’une vaut mieux que l’autre, simplement qu’il faudra ajuster la quantité à consommer. Sur une course de plus de 5 heures, le nombre d’aliments à transporter, déballer et manger peut être un déterminant de choix important. Mais le goût et la tolérance digestive le sont tout autant, ainsi que le prix: pour les gels glucidiques par exemple, très concentrés et faciles à transporter, le prix aux 100 grammes va du simple au quintuple !

Mais au delà du calcul des glucides et du comptage des barres et des gels, il reste le facteur imprévisible. A Hawaï cette année, c’était la température, de plusieurs degrés plus élevée que prévu (39°C et plus de 50°C au sol). Non seulement cela nécessitait un ajustement de l’apport hydrique (et de son osmolarité, mais ça c’est une autre histoire), mais cela augmentait considérablement la dépense énergétique !

JC avait prévu environ 50 grammes de glucides par heure, alors qu’a posteriori, il analyse ses besoins à près de 70 grammes par heure ainsi que des apports sodiques encore plus importants que d’habitude. Jusqu’à la fin du parcours cycliste, le déficit n’a pas porté à conséquence. Durant le marathon en revanche, « J’ai pris cher » dit-il. « C’était comme une batterie qui se décharge. Tu ne peux pas inverser le processus, tu tapes dans les réserves et tu n’arrives pas à compenser avec le ravitaillement ». Dans un cas comme celui-ci, un organisme très bien entraîné peut faire face en ralentissant (et permettre ainsi une utilisation accrue des lipides comme carburant), en faisant appel à la néoglucogenèse (la fabrication de sucre à partir de nos muscles) et surtout en mobilisant toute la force mentale pour lutter contre le désir de s’arrêter. JC ne s’est pas arrêté, mais il a fait un marathon de 20’ plus lent que d’habitude (3h30’ quand même, nombreux sont les marathoniens qui s’inclinent devant un tel chrono). « Vu les conditions de chaleur, 10’ de plus auraient été normales. L’avantage est qu’au niveau musculaire j’ai récupéré relativement vite ! »

Une contre-performance toute relative, donc, mais qui illustre bien que même au plus haut niveau, même avec une grande expérience, les accidents de ravito peuvent arriver.

Grand merci à Noémi Schmutz, diététicienne diplômée HES, pour le calcul nutritionnel de dizaine de barres et de gels et à JC pour le partage de son expérience!

C’est un scoop, ça?

Une étude récente montre que, bien plus que l’alimentation, c’est le manque d’activité physique qui explique l’augmentation continue de la prévalence d’obésité aux Etats-Unis.
Je vous vois venir… « C’est pas un scoop, on sait déjà » pensez-vous sûrement. Ou « Et alors, c’est les Etats-Unis, c’est NORMAL, c’est pas comme ici ».
Oui, on sait déjà. Et oui, il s’agit des Etats-Unis. Mais c’est QUAND MEME important.
C’est important, parce que l’étude en question s’est concentrée sur des données des 20 dernières années. Des données que nous sommes incapables de produire en Suisse pour le moment. Il s’agit d’une enquête qui évalue de manière continue l’alimentation, l’activité physique et des mesures telles que le poids et la taille d’échantillons représentatifs de la population américaine. Pour celles et ceux que ça intéresse, l’étude s’appelle NHANES, et produit des tonnes d’informations passionnantes, accessibles ici.
En analysant ces données, les chercheur-euse-s se sont aperçu-e-s que l’apport énergétique (les calories consommées en moyenne par les participant-e-s à l’étude) n’avait pas changé de manière significative. En revanche, l’activité physique oui. Et l’excès de poids aussi.
En particulier, la sédentarité, qui concernait 19% des femmes en 1994, avait augmenté de plus de 170%, et touchait près de 52% de femmes en 2010 ! Les hommes sédentaires étaient environ 11% en 1994 et plus de 43% en 2010. Durant cette période, l’indice de masse corporelle (un indicateur de corpulence) avait augmenté de manière dramatique, particulièrement chez les femmes de 18 à 39 ans.
La méthode et les résultats de cette étude ont paru dans le prestigieux « American Journal of Medicine ». Son éditrice, Pamela Powers Hannley appelle à l’action immédiate. On ne peut que être d’accord. Hélas elle atténue la puissance de son message en prônant que ” les communautés pourvoient à des lieux permettant de pratiquer de l’activité physique en sécurité”.

Bof.

Personnellement, j’ai une super recette à vous proposer.
Je propose qu’on augmente drastiquement (mais alors drastiquement hein) le prix de l’essence. Ça, on sait que ça marche. Le seul moment où l’activité physique a réellement augmenté (et le surpoids diminué) aux Etats-Unis, c’était pendant la crise pétrolière. On n’a pas de mesures en Suisse, mais je suis certaine que la même tendance s’observerait ici. Cette histoire (et plein d’autres) sont racontées de manière absolument passionnante dans un petit bouquin que je vous recommande: The Energy Glut, de Ian Roberts et Phil Edwards. Le jour où on ne sera plus terrifiés de se rendre (ou d’envoyer nos mômes) à pied ou à vélo sur une route pour l’instant accaparée par des véhicules motorisés et dangereux, il n’y aura plus besoin d’imaginer des trucs fumeux du genre “La semaine européenne du sport” .

L’activité physique ferait juste partie de nos vies, comme il se doit, et ne nous mettra plus en danger de mort.

Autisme et régime « sans gluten sans caséine »

Quiconque a entendu parler de l’autisme ou connaît une famille touchée par cette maladie comprendra le désir puissant de trouver un remède, un régime qui puisse atténuer les symptômes. C’est sur cette vague que surfe le régime SGSC « sans gluten1 sans caséine2 », qui est promu comme un traitement à l’autisme. Ce n’est pas le seul : aux Etats-Unis, 30 à 95% des sujets suivent des traitements « sauvages » qui n’ont jamais été évalués.

Suite à des cas de malnutrition grave observés par des pédiatres, l’AFSSA3 a été saisie pour mener l’enquête concernant son rapport bénéfice/risque. Prof. Jean-Louis Bresson, de l’hôpital Necker à Paris y a participé et j’ai eu la chance de l’entendre à ce sujet l’an dernier.

Le principal problème rencontré par les experts est la pauvreté méthodologique affligeante des études effectuées : parmi les 10 publications évaluant l’impact du régime SGSC identifiées par l’AFSSA, 5 provenaient du même groupe, et seulement une avait appliqué un protocole avec un groupe contrôle en double insu. C’est à dire que seule une étude permettait une comparaison entre les résultats d’un groupe d’enfants suivant le régime avec ceux d’un groupe n’en suivant pas. C’est un peu comme de donner un bonbon à en enfant qui a mal à la tête, de lui demander s’il va mieux et de décréter, suite à sa réponse positive, que les bonbons soignent le mal de tête. Les résultats de cette étude, la seule, permettant d’évaluer l’impact du régime SGSC ont montré un important « effet placebo ». C’est-à-dire que les enfants des deux groupes, à partir du moment où ils consommaient un régime « différent », destiné à traiter les symptômes de l’autisme, allaient mieux.

Voilà pour l’efficacité : il n’y en a pas de démontrée.

Voyons maintenant l’innocuité.

L’AFSSA a comparé les effets secondaires de l’alimentation spontanée des enfants souffrant d’autisme avec ceux du régime SGSC. Bien que l’alimentation spontanée des autistes soit particulière, selon la couleur et la texture des aliments, aucune altération staturo-pondérale n’est observée.

Pour les effets du régime SGSC, un manque important de calcium, de folates et de vitamine B6 est à déplorer. Enfin, la masse musculaire est réduite et le risque de dénutrition ne peut être exclu. En outre, un tel régime, complexe, augmente l’exclusion, favorise les troubles de la socialisation et du comportement.

On ne peut donc affirmer que ce régime est sans risque.

La théorie sous jacente à ce régime a cependant une logique apparente : ce sont les peptides (petites protéines) opiacés issus de la digestion de la caséine et du gluten qui génèreraient des troubles du cerveau. Et la présence des ces peptides opiacés dans les urines seraient la preuve de leur existence. Il est vrai que la caséine (la beta-caséine) contient un dérivé opioïde (la beta-casomorphine), libéré lors de la digestion. Idem pour le gluten (les beta-gluteomorphines). Mais les peptides opioïdes sont générés par de multiples aliments, y compris le riz. L’exclusion des peptides opioïdes est impossible, car ils sont partout ! La théorie des promoteurs du régime SGSC commence à vaciller…

D’autres faits viennent ébranler la pseudo-logique sous-jacente au régime SGSC : les peptides alimentaires n’ont pas d’effet pharmacologique. Leur traversée de la barrière intestinale est très peu probable et un effet central, sur le cerveau, est quasi impossible. Enfin, la fameuse « preuve » urinaire ne tient pas, pour la simple raison que les techniques utilisées ne permettent pas de montrer quels peptides sont mesurés ! Des techniques très avancées ont permis de montrer qu’il n’y a pas de peptides opioïdes dans l’urine.

Hélas, pas encore de traitement diététique de l’autisme à l’horizon…

1 Protéine qui se trouve dans le blé, le seigle, l’avoine et l’orge

2 Protéine qui se trouve principalement dans le lait

3 Agence française de sécurité sanitaire des aliments

 

Les kilos et la mort

Les médias donnent un large écho à une analyse compilant les résultats de 97 études sur le lien entre la corpulence et la mortalité1. Une des conclusions est que le surpoids est associé à une réduction du risque de mortalité et qu’une obésité « modérée » n’augmente pas le risque de mortalité.

Une première explication est que la catégorisation de la corpulence (le fameux Body Mass Index) doit être revue et corrigée. Nos collègues lausannois l’avaient déjà suggéré, en lien avec le risque cardio-vasculaire2.

Une deuxième explication (qui n’exclut pas la première) est que des tas de gens minces vivent de manière très dangereuse, fument, boivent, roulent trop vite en voiture, vivent dans une région très polluée, suivent des régimes amaigrissants déséquilibrés qui les fragilisent (ou peut-être même les dépriment jusqu’à les pousser au suicide ?). Bref.
Et, à l’inverse, beaucoup de personnes en surpoids vivent très sainement, font de l’activité physique régulièrement, mangent beaucoup, de tout, et couvrent ainsi parfaitement leurs besoins nutritionnels.

Je me suis demandée ce que les gens (vous, vos voisins, vos parents, vos collègues, les gens, quoi) se sont dit en lisant ce pseudo-scoop: « Super, je vais prendre du poids, cela ne va pas augmenter mon risque de mortalité » ou « Moi, je préfère rester mince, même si je dois mourir un peu plus jeune » ? Je me suis demandée aussi pourquoi c’est cette info-là qui a été reprise partout dans les médias (et pas celle concernant la consommation de graisses saturée et l’infertilité masculine, par exemple3), sachant que le lien que les gens entretiennent avec leur corpulence n’a pas grand-chose à voir avec leur risque de mortalité.

En vérité, les journalistes ont fourni des munitions pour lutter contre la stigmatisation dont font l’objet des personnes en surpoids : au fond, pour que ces chiffres soient utiles à la population, il faudrait les brandir à chaque fois qu’une compagnie d’assurance refuse une complémentaire à une personne en surpoids, à chaque fois qu’un job est donné aux candidat-e-s les plus mince, à chaque fois qu’un médecin félicite ses patient-e-s d’avoir maigri alors que la dénutrition démolit leur santé.

(Et pendant ce temps, en Syrie, le carnage continue et les gens meurent indépendamment de leur corpulence.)

Oui je sais, ça n’a rien à voir. Bonne année quand même, les Gens!

1Katherine M. Flegal et al. Association of all-cause mortality with overweight and obesity using standard body mass index categories. A systematic review and meta-analysis. JAMA. 2013;309:71-82.

2 Wietlisbach et al. The relation of body mass index and abdominal adiposity with dyslipidemia in 27 general populations of the WHO MONICA Project. Nutr Metab Cardiovasc Dis. 2011 Dec 30.

3Tina K Jensen et al. High dietary intake of saturated fat is associated with reduced semen quality among 701 young Danish men from the general population. Am J Clin Nutr. 2012 Dec 26.

Ne “sur-compensez” pas l’activité physique!

Parmi mes posts, « L’effort coupe-faim » est un devenu un vrai hit parmi les sportif-ve-s. Une étude récente est venue confirmer que ce phénomène est également présent chez les non-sportifs en excès de poids.

Frédéric n’avait pas besoin d’une étude pour s’en rendre compte. En lutte avec son poids depuis des années, il a introduit progressivement des séances de fitness dans son mode de vie. Un parcours « cardio » d’une heure, 3 fois par semaine. Il est confiant dans la persistance de son effort, la salle se trouve dans le même immeuble que son bureau ! Lors de notre dernière entrevue, il me faisait part, tout surpris, de l’absence de faim, alors qu’en toute logique il s’attendait plutôt à une augmentation spontanée de ses portions.

Et c’est bien là que réside le danger lors d’augmentation de l’activité physique, en particulier pour celles et ceux qui bougent pour perdre du poids ; la déception risque d’être grande s’ils (ré)compensent leur effort par une collation ou un dessert supplémentaire… Ceci pourrait expliquer, en partie du moins, la résistance à la perte de poids, même en cas d’activité physique persistante. La plupart des études qui se sont intéressées à la question montrent une faible corrélation entre la faim et la réelle consommation alimentaire. Nous le savons bien : nous servons nos portions par habitude, avons tendance à finir notre assiette et lorsque nous mangeons à l’extérieur notre portion est identique à celle des autres, indépendamment de nos besoins.

Le remède pour les personnes en excès de poids? Après le sport, éviter les récompenses alimentaires, et rester connecté à son estomac. La récompense des nouveaux actifs, c’est d’être sous l’influence des hormones coupe-faim grâce à l’exercice en aérobie, et d’ainsi mieux ressentir la sensation de satiété.

Guelfi KJ. Metabolism 2012. Beneficial effects of 12 weeks of aerobic compared with resistance exercise training on perceived appetite in previously sedentary overweight and obese men.

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