Archive for the ‘ Maintien de la perte de poids ’ Category

Les AUT, pratiques ou toxiques ?

« AUT » c’est l’abréviation pour Aliment Ultra Transformé. J’étais récemment invitée par Martina Chyba à en parler dans le cadre de son reportage pour la télévision suisse. Vous pouvez voir le sujet ici avec notamment l’interview de Mathilde Touvier, chercheuse en épidémiologie nutritionnelle à Paris (et auteure principale du premier article listé en bas de ce post).

Un AUT, c’est du high-tech. Votre savoir-faire, votre cuisine et les ingrédients qui s’y trouvent ne suffisent pas pour fabriquer ce que l’industrie conçoit dans le secret de ses laboratoires. Parfois, l’aliment de base a subi tellement de modifications physiques qu’on ne le reconnaît plus vraiment. Un peu comme Michael Jackson. Regardez dans un  un paquet de « Tresor » ou de « Choco crispies » de la marque Kellog’s, vous comprendrez tout de suite de quoi je parle – ces produits ressemblent plus à des confiseries qu’à des céréales.

Bon, on ne va pas cracher dans la soupe, transformer des aliments a contribué à sauver la mise de nos ancêtres : broyer, mélanger, cuire, saler ou sucrer a amélioré la conservation des denrées, de les rendre plus digestes voire simplement comestibles, d’en améliorer la palatabilité – autrement dit le plaisir qu’ils procurent en bouche. Transformer des aliments, c’est ce qu’on fait toute-s dans nos cuisines, tous les jours, pour préparer nos repas. Sauf que.

Sauf que nous sommes de plus en plus nombreux-ses à compter sur l’industrie pour transformer à notre place. Mettre les légumes en conserve, écrémer le lait pour faire le beurre, tirer un bouillon de poule ne se font quasiment plus à la maison. Et ce n’est pas un mal, ça permet de faire autre chose de son temps.

Mais pour faire encore plus pratique, pour nous faire « gagner » encore plus de temps, l’industrie a poussé la transformation beaucoup plus loin : éplucher, laver et râper des pommes de terre pour faire ses röstis ? Pas besoin, des röstis pré-cuisinés en sachets d’aluminium sont prêts à être glissés dans la poêle. Garnir sa pâte à pizza de fromage et de légumes frais découpés par nos soins ? Pas la peine, non seulement la pâte est prête à abaisser, mais des pizzas garnies, surgelées ou non, n’attendent que de passer au four. C’est pratique. Ça sauve la mise quand on n’a pas fait les courses, quand on n’a pas le temps, ou quand on n’aime pas cuisiner.

Ces aliments ultra-transformés, c’est une poule aux œufs d’or pour l’industrie. Qui inonde le marché d’AUT. Le hic, c’est qu’en plus d’une longue liste d’additifs destinés à améliorer la texture, la couleur, le goût et la conservation, ces aliments sont d’énormes pourvoyeurs de sucre, de sel et de graisses hydrogénées. Parfois, pour masquer leur pauvreté nutritionnelle, les fabricants y ajoutent des vitamines ou des protéines. Un marketing agressif et un goût de « reviens-y » soigneusement conçu en laboratoire favorisent la vente de cette camelote alimentaire qui est associée à l’augmentation de cancer, d’obésité et de marqueurs biologiques pathologiques, aussi chez les enfants (références en bas de page).

Le marketing de ces produits prône le gain de temps. Mais combien de temps gagne-t-on vraiment ? Et surtout, combien de temps faut-il gagner pour que ça vaille le coup d’abîmer notre santé, ou celle des nos enfants ? Est-ce que vous gagnez vraiment du temps en achetant des produits de petit-déjeuner à base de céréales qui ont subi les outrages de l’extrusion et de l’expansion, qui contiennent autant de sel que des chips et dont l’index glycémique est tellement élevé qu’il provoque inévitablement une hypoglycémie réactionnelle ? Un bol de flocons d’avoine ou de muesli sera plus rassasiant, plus sain et tout aussi pratique (vous n’êtes pas obligé de les regarder pendant qu’ils trempent).

Nous sommes nombreux-ses à faire appel, de temps à autre à des AUT. Dans certains domaines, comme la nutrition sportive, c’est quasiment impossible de s’en passer. Ce n’est pas grave, si on sait limiter les dégâts. Vous voulez quelques trucs ?

Premièrement, le bon sens est notre ami – plus la liste d’ingrédients est longue, plus elle contient de produits « bizarres », moins on a envie d’acheter.

Deuxièmement, la simplicité aussi est notre amie. Plus on est proche de l’aliment d’origine, mieux c’est. La tranche de pain avec un morceau de bon chocolat est une valeur sûre pour remplacer les pains au chocolat industriels (ou avec un morceau de fromage si vous préférez le salé). A compléter avec un fruit, un verre de lait ou une poignée d’amandes pour les affamés. Les crudités pratiques à transporter (endives, carottes, tomates, concombres, etc.) avec du pain, du fromage ou des œufs durs, un fruit ou un yaourt en dessert, ça fait un excellent repas sur le pouce – pour peu qu’on choisisse des produits de qualité.

Troisièmement, l’industrie alimentaire peut, parfois être votre amie aussi. Eh oui ! Légumes nature surgelés, salades déjà lavées, pommes de terre, carottes ou betteraves épluchées, précuites et mises sous vide, légumineuses en conserve (sans sauce !) sont juste assez transformés pour aider les gens pressés, mais sans être totalement dénaturés.

Alors, les AUT, pratiques ou toxiques ? Les deux, mais surtout toxiques, hélas…

Références (petit extrait)

Fiolet T et al. Consumption of ultra-processed foods and cancer risk : results from NutriNet-Santé prospective cohort. BMJ 2018

Mendonça et a. Ultraprocessed food consumption and risk of overweight and obesity : the University of Navarra Follow-Up (SUN) cohort study. Am J Clin Nutr 2016

Monteiro et al. Household availability of ultra-processed foods and obesity in nineteen European countries. Public Health Nutrition 2017

Costa et al. Ultra-processed food consumption and its effects on anthropometric and glucose profile: A longitudinal study during childhood . Nutr Metab and Cardiovasc Dis 2018

Rauber et al. Consumption of ultra-processed food products and its effects on children’s lipid profiles : a longitudinal study. Nutr Metab Cardiovasc Dis 2015

 

 

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Le régime yoyo : pas si pire ?

Le « régime-yoyo », vous connaissez ? Il commence comme un régime amaigrissant et se termine par une reprise pondérale (parfois plus importante que la perte initiale), poussant au désespoir bon nombre de personnes en surpoids.

Les personnes qui ont suivi plusieurs régimes amaigrissants dans leur vie (les serial-dieters, ou les pratiquants de régimes en série) ont, en moyenne, un poids plus élevé que celles qui n’ont suivi qu’un régime, voire pas de régime du tout. Sur la base de cette observation, la conclusion semble assez simple: les régimes font grossir… ou ne serait-ce justement pas si simple ? Car si je vous dis : « Les gens qui ont changé souvent de lunettes ont une moins bonne vue que ceux qui ont gardé les mêmes lunettes plusieurs années ou qui n’ont pas de lunettes, donc les lunettes aggravent les problèmes de vue », vous aurez vite fait de réfuter que c’est justement parce que certaines personnes ont de graves problèmes de vue qu’elles doivent changer souvent de lunettes.

Vous voyez où je veux en venir : ne serait-ce pas parce que certaines personnes ont tendance à prendre du poids, qu’elles entreprennent des régimes ?  Le poids élevé serait donc la cause et le régime la conséquence, plutôt que l’inverse.

Le même raisonnement peut s’appliquer aux risques cardio-vasculaires et de mortalité. Certaines études observationnelles ont suggéré que ces risques étaient plus élevé chez des personnes qui avaient fait beaucoup de régimes. Il faut dire que lorsqu’un médecin constate, chez un patient en surpoids, la présence d’autres problèmes en lien avec les maladies cardio-vasculaires, comme l’hypertension par exemple, il recommandera à son patient de perdre du poids. Donc… les personnes avec plus de risques de maladies cardio-vasculaires font plus souvent des régimes amaigrissants que les autres. (Pour en savoir plus, vous pouvez vous référer à l’article de Mehta et ses collègues de l’Université d’Alabama)1.

« N’empêche, me direz-vous, les régimes ne résolvent pas le problème. Si ça marchait, ça se saurait ».

Eh bien non, hélas, ça ne se saurait pas si facilement. Car comment savoir quel serait le poids des « serial-dieters » s’ils n’avaient jamais fait de régime ? Plus haut ou plus bas ? Comment savoir quel serait leur état de santé, s’ils n’avaient jamais fait de régime ? Meilleur ou moins bon ? Pour répondre à ces questions, il faudrait suivre un grand nombre de personnes attribuées au hasard en deux groupes distincts, et controler leur alimentation de manière standardisée durant toute leur vie : un groupe suivrait régulièrement des régimes amaigrissants, l’autre en aurait l’interdiction. Ce serait infaisable, en tout cas chez l’humain. Mais chez la souris, c’est possible. Et une équipe de chercheur-euse-s de l’Université d’Alabama l’a fait2. Des souris obèses ont été tirées au sort pour 1) rester obèses ou 2) suivre une succession de régimes amaigrissants et d’alimentation à volonté (en d’autres termes, suivre un régime yoyo) ou 3) perdre du poids et rester stable.

Les souris du groupe 1 ont le moins bien survécu. Rester obèses était pire que de faire un régime yoyo. Plus surprenant, la survie des souris des groupes 2 et 3 était similaire ! Donc maintenir une légère perte de poids semble avoir le même effet que de perdre plusieurs fois du poids, même si le poids remonte entre les régimes.

Est-ce que le régime yoyo ne serait pas si grave, après tout ? Nous ne sommes pas des souris, donc n’appliquons pas les conclusions de cette étude à la hâte. Mais d’un autre côté, acceptons que le régime-yoyo est peut-être injustement considéré comme délétère. Peut-être devrait-on envisager le poids en « cycles » durant lesquels il est parfois élevé, parfois moins, en fonction des possibilités et du rythme de vie de chacun ?

Pour l’instant, il n’y a pas de preuve que le régime yoyo est bon pour la santé humaine. Mais il n’y a pas de preuve non plus qu’il est délétère… sauf sur le moral et l’estime de soi! Et ça, c’est important : car le sentiment d’échec et de culpabilité associé à la reprise pondérale est un fait ; si les soignants pouvaient transmettre que toute perte de poids, même temporaire, n’est pas pire que l’obésité, il est probable que la santé psychologique de leurs patients s’en trouverait améliorée.

Petit rappel pour terminer : plutôt que le poids, c’est la qualité de l’alimentation qui a un impact important sur la santé et la mortalité ; de nombreux régimes ne couvrent pas les besoins nutritionnels fondamentaux3. Enfin, modifier ses habitudes alimentaires n’est pas un acte anodin et peut agraver des troubles du comportement alimentaire pré-existants. Je ne peux donc que recommander la prise d’un avis professionnel chez un-e diététicien-ne diplômé-e sur la question.

Quelques références:

1Mehta T. et al. Impact of weight cycling on risk of morbidity and mortality. Obesity Reviews 2014 ;15 :870-881

2Smith D.L et al. Weight cycling increases longevity compared with sustained obesity in mice. Obesity 2018 ;26 :1733-1739

3Rapport de l’ANSES (mis a jour 2016). Quels sont les risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement ?

 

Est-ce qu’on brûle moins d’énergie après un régime amaigrissant?

La question qu’on me pose souvent est: “Est-ce que la baisse du métabolisme explique la reprise de poids après un régime ?”

La réponse est : non, pas de manière systématique. Une autre manière de le dire serait : le plus souvent non, mais ça peut arriver dans de rares cas.

Pourtant, on l’a entendu sur tous les tons, le refrain de « après une perte de poids, l’organisme se met en mode économique, il stocke tout, il ne dépense plus… »

Après une perte de poids, la dépense d’énergie est effectivement plus faible qu’avant. Mais pas anormalement faible. La dépense énergétique de repos (qu’on appelle aussi métabolisme de repos) correspond à la quantité d’énergie (le nombre de calories) dont notre corps a besoin pour fonctionner. Et le principal déterminant de la dépense d’énergie est … le poids [1]!

C’est assez intuitif à comprendre : tout comme un véhicule lourd nécessite beaucoup d’essence au kilomètre, un organisme lourd demande beaucoup de calories pour fonctionner. Donc, lorsqu’une personne perd du poids, elle dépensera moins d’énergie qu’avant, de la même manière que votre voiture consomme plus d’essence si vous transportez beaucoup de bagages que si vous voyagez léger.

[Cliquez ici pour savoir comment mesurer la dépense énergétique de repos].

Donc, oui, la dépense énergétique diminue après une perte de poids.

Pendant longtemps, on a pensé que cette diminution allait bien en-dessous de ce qui aurait été normal pour le nouveau poids. En anglais, ce phénomène a été baptisé « adaptive thermogenesis » ou « energy gap » et a servi a expliquer la difficulté à maintenir une perte de poids. Récemment, une étude élégante est venue ébranler ce qui restait de cette théorie qui, il faut le dire, prend l’eau depuis déjà quelques années [2].

Dans cette étude, publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition, les chercheurs-euses voulaient savoir si la dépense énergétique de repos était anormalement basse chez des personnes initialement en surpoids (appelons-les MPP pour maintien de perte de poids).

La question a été abordée de deux manières : d’abord, la dépense énergétique des MPP a été comparée avec celle de deux groupes distincts : un groupe composé de personnes de poids normal qui n’avaient jamais souffert d’obésité et dont le poids était similaire au nouveau poids atteint par les MPP, et un groupe composé de personnes en surpoids, dont le poids était similaire au poids initial des MPP (donc avant qu’ils ne perdent du poids). Si la théorie de l’adaptive thermogenesis était vraie, les MPP auraient dû avoir un métabolisme plus faible que les personnes de même poids qui n’avaient jamais souffert d’obésité. Mais ce n’était pas le cas ! Lorsqu’il était tenu compte des différences de composition corporelle, la dépense énergétique de repos était similaire. C’est à dire que chaque « kilo d’individu » coûtait à peu près la même énergie, quelle que soit l’histoire du poids.

Dans un deuxième temps, les chercheurs-euses ont développé des équations de prédiction de la dépense énergétique de repos, sur la base des données des groupes de comparaison. En moyenne, le métabolisme après perte de poids était très bien prédit par l’équation développée pour le groupe de poids normal, ce qui indique à nouveau que la dépense énergétique n’était pas excessivement basse après perte de poids. Du moins pas systématiquement, car il faut signaler qu’il y avait tout de même une assez grande variabilité individuelle dans les résultats – et c’est important de le noter, car cela veut dire que, bien que dans la plupart des cas le métabolisme de repos ne descend pas de manière anormale après une perte de poids, cela peut arriver parfois !

Certaines personnes semblent donc bel et bien présenter un métabolisme plus bas que ce qu’il faudrait. Ce qu’on ne sait pas, en revanche, c’est si ce phénomène est une conséquence de la perte de poids, ou si c’est justement parce qu’elles ont toujours eu un métabolisme faible qu’elles ont pris du poids dans le passé.

[1] Et plus particulièrement la masse maigre, mais ceci nous amène à un niveau de détail peu utile pour le propos de ce post.

[2] Notamment sur la base de recherche basés sur des méthodes modernes d’imagerie médicale. Les fondements et les objections concernant la théorie de « adaptive thermogenesis » ont été synthétisées dans le projet HOMAWLO.

 

 

Régimes amaigrissants: enfin la solution?

Un récent communiqué de presse annonce la grande nouvelle : le remède contre l’obésité est là ! « PronoKal Group®, leader mondial dans les régimes protéinés, publie après deux ans de recherches une étude imparable ». Et en effet, il semble bien qu’après deux ans la perte de poids soit plus importante dans le groupe « Pronokal® » que dans le groupe « Régime hypocalorique classique ». Super ! Peut-on enfin aider durablement les personnes qui luttent contre leur surpoids ?

A première vue, l’étude a tout pour plaire : des patients d’une consultation hospitalière d’obésité sont tirés au sort afin de recevoir, au hasard, le nouveau traitement ou le traitement « standard » et sont suivis deux ans pour savoir comment ils évoluent.

Mais à y regarder de plus près, tant la manière de poser la question de recherche que de mener le projet ont biaisé l’étude dès le départ.

Des pneus dégonflés

Ainsi, les auteurs affirment qu’ils voulaient tester l’efficacité d’un régime cétogène (pauvre en glucides et riche en protéines) sur la perte de poids. On s’attend donc à une question de recherche du style : un régime cétogène est-il plus efficace qu’un régime équilibré pour perdre du poids, lorsque les autres facteurs qui influencent le poids sont identiques dans les deux groupes ? Cette deuxième partie de la question est primordiale, car sinon il est impossible de s’assurer que c’est bien le régime qui est responsable du résultat observé.

Or, ce n’est absolument pas ce qui s’est passé : dans un groupe, les patients recevaient des conseils et des recommandations, point barre. Alors que dans l’autre, ils recevaient des conseils et des recommandations, mais aussi les portions exactes de substituts de repas qui apportaient pile-poil les calories et les nutriments qui leur étaient permis. Devinez lequel des deux groupes testait la méthode PronoKal®…et devinez lequel a perdu le plus de poids !

En principe, tout aurait du être mis en œuvre pour que les patients, quel que soit leur groupe, respectent bien le protocole et consomment exactement ce qui correspondait à leur régime. Tous auraient donc du recevoir leurs repas, que ce soit sous forme de substitut ou non ! Imaginez un peu la difficulté de modifier ses habitudes alimentaires, c’est à dire aussi sa manière de faire ses achats et de cuisiner, par rapport à ouvrir un sachet et en consommer le contenu ! Les auteurs ont donc comparé la perte de poids de patient-e-s qui recevaient leurs repas (sous forme de substituts, mais quand même des repas), avec la perte de poids de patient-e-s qui devaient se débrouiller par eux-mêmes pour suivre les conseils prodigués.

C’est un peu comme si dans une course cycliste la moitié des vélos ont les pneus mal gonflés, l’effort à fournir pour avancer n’est pas similaire!

Mais ce n’est pas tout.

Dans un groupe, le régime « hypocalorique équilibré » apportait 1’400 à 1’800 kcal, ce qui représentait une réduction de 10% des besoins. Ça permet, théoriquement, une perte de poids lente et modérée. Dans l’autre groupe, le régime PronoKal® apportait 600 à 800 kcal par jour. Soit moins de la moitié ! A votre avis, dans quel groupe observait-on la plus grande perte de poids ?

Tricycle contre vélo de compétition

En vérité, c’est comme si les chercheurs avaient posé la question suivante : Entre un régime qui réduit un peu les apports énergétiques mais qu’il faut suivre en se débrouillant par soi-même et un régime qui diminue les apports de manière drastique et dans lequel les repas sont fournis, lequel permet la plus grande perte de poids ?

Ce qui revient à comparer la performance d’un tricycle et d’un vélo de contre-la-montre… pas besoin de faire une étude compliquée pour connaître le résultat.

Il y a plein d’autres problèmes, dans cette étude. Par exemple, 43% des patients ont abandonné, donc les résultats concernent, au final, seulement 45 personnes (un peu plus d’une vingtaine par groupe). Autre exemple, la durée : au bout de six mois, les personnes sous régime PronoKal® avaient perdu 23% de leur poids initial, alors que les personnes sous régime hypocalorique équilibré (qui je le rappelle, apportait plus du double de calories) en avait perdu 8%. Au bout de 18 mois, le groupe PronoKal® (qui avait réintroduit des aliments normaux, sous surveillance médicale) avait repris 8kg, alors que l’autre groupe avait stabilisé sa perte de 8% de poids. Après deux ans, l’écart entre les groupes s’était encore réduit mais… Oh ! Voici la fin de l’étude et on ne saura pas ce qu’il adviendra ensuite… comme c’est pratique pour les auteurs. Et comme c’est triste pour les patient-e-s.

Car, hélas pour les personnes qui souffrent d’obésité, la solution n’est pas encore arrivée. J’ai du déchanter, et j’ai revu à la baisse mon évaluation de la revue « Endocrine » qui a accepté de publier cette pseudo-étude.

Et surtout, je ne peux que dissuader quiconque voudrait dépenser ne serait-ce qu’un centime pour cette méthode, dont les promoteurs vantent les mérites d’une manière mensongère.

 

Le sucre, ennemi public #1 ?

C’était le titre accrocheur du dernier débat d’infrarouge sur la RTS, qui faisait suite à un reportage de l’émission 36.9° concernant le maintien de la perte de poids.

Je me demande ce que les téléspectateurs ont retiré du débat, mais à mon avis, il a généré plus de confusion que de clarifications. De quel sucre parle-t-on ? Y a-t-il vraiment 7 morceaux de sucre dans la sauce bolognese ? Si je mange 4 carrés de chocolat par jour, je vais améliorer ma santé ? L’industrie sucrière étant une industrie de la vie, il serait donc injuste de la taxer ?

Il est peut être utile de clarifier que le sucre dont il est question dans le débat est celui qui est ajouté dans les aliments, par exemple sous forme de saccharose (notre sucre blanc, le sucre de table). Il ne s’agit pas des glucides en général, qui, pour reprendre les termes d’un invité du débat, sont « nécessaires à la vie ». Le sucre ajouté n’est pas indispensable, il est surconsommé, véhiculé à notre insu par des aliments conçus pour nous conquérir. Et c’est cette surconsommation qu’il faut attaquer, par tous les moyens possibles, y compris par des taxes. C’est sur le sucre ajouté, quelle que soit sa forme*, qu’il faut se concentrer.

Pourquoi ? Parce que l’excès de sucre est mauvais pour la santé, et parce que les aliments riches en sucre n’ont généralement aucune plus-value nutritionnelle. A part contribuer aux apports énergétiques (qui ont plutôt tendance à être excessifs dans notre société) ces aliments n’ont aucun intérêt. Ils détournent même les consommateurs de produits qui contiennent des nutriments vitaux, eux.

Durant le débat, il a été déploré qu’une taxe contribuerait à « stigmatiser » les aliments sucrés. De mon point de vue, il faut surtout cesser de banaliser leur consommation. Ils ne servent à rien sur le plan nutritionnel. Il s’agit d’un plaisir pour de nombreux d’entre nous, certes, mais dont les conséquences ont un prix. Et ce prix, c’est la société qui le paye, mais aussi les individus dans leur vie quotidienne. De jeunes enfants ou des ados abreuvés de boissons sucrées vont en subir les conséquences durant toute leur vie, non seulement sur le plan métabolique ou de leur poids, mais aussi parce qu’ils seront tellement habitués au goût sucré qu’il leur sera extrêmement difficile de consommer autre chose. Ces produits qui flattent le palais et déclenchent une réponse neurobiologique assez proche de ce qui se passe lors de la prise de substances psychoactives (autrement dit, la prise de drogues) ne sont pas anodins. Ils peuvent avoir une place dans une alimentation équilibrée, mais cette place doit rester toute petite.

Or, que constate-t-on ? Des aliments omniprésents, dans les rayons, dans la publicité et dans notre inconscient, et extrêmement bons marchés. C’est sans sourciller que des familles modestes empilent les packs de sodas dans leurs caddies. Et c’est ça qui doit changer. Si leur prix était tel qu’il suscitait un instant de réflexion avant l’achat, si en outre l’étiquetage mentionnait clairement la quantité totale de sucres ajoutés, l’achat ne serait plus un acte automatique.

J’ai toujours été une adepte de « rendre le choix le plus sain, le plus simple ». Rendre le choix le plus malsain un peu plus compliqué me va bien aussi. Instaurer des taxes et des lois restrictives pour les produits qui mettent la santé en danger, c’est le rôle d’une société, y compris lorsqu’elle a érigé la responsabilité individuelle en principe fondamental. Car pour exercer ses responsabilités, le consommateur a besoin de moyens. Tant que ses choix sont des réflexes dictés par le marketing, il n’est pas en mesure d’exercer son libre-arbitre.

*Il y a des dizaines d’alternatives au sucre blanc dans l’industrie alimentaire, qui sont tous des avatars de sucre ajouté.

Post Scriptum: Il n’y a pas toujours du sucre ajouté dans les sauces bolognese, mais s’il y en a, il figure dans la liste des ingrédients. Et non, consommer du chocolat, même du chocolat noir, n’améliore pas la santé.

 

 

Ne “sur-compensez” pas l’activité physique!

Parmi mes posts, « L’effort coupe-faim » est un devenu un vrai hit parmi les sportif-ve-s. Une étude récente est venue confirmer que ce phénomène est également présent chez les non-sportifs en excès de poids.

Frédéric n’avait pas besoin d’une étude pour s’en rendre compte. En lutte avec son poids depuis des années, il a introduit progressivement des séances de fitness dans son mode de vie. Un parcours « cardio » d’une heure, 3 fois par semaine. Il est confiant dans la persistance de son effort, la salle se trouve dans le même immeuble que son bureau ! Lors de notre dernière entrevue, il me faisait part, tout surpris, de l’absence de faim, alors qu’en toute logique il s’attendait plutôt à une augmentation spontanée de ses portions.

Et c’est bien là que réside le danger lors d’augmentation de l’activité physique, en particulier pour celles et ceux qui bougent pour perdre du poids ; la déception risque d’être grande s’ils (ré)compensent leur effort par une collation ou un dessert supplémentaire… Ceci pourrait expliquer, en partie du moins, la résistance à la perte de poids, même en cas d’activité physique persistante. La plupart des études qui se sont intéressées à la question montrent une faible corrélation entre la faim et la réelle consommation alimentaire. Nous le savons bien : nous servons nos portions par habitude, avons tendance à finir notre assiette et lorsque nous mangeons à l’extérieur notre portion est identique à celle des autres, indépendamment de nos besoins.

Le remède pour les personnes en excès de poids? Après le sport, éviter les récompenses alimentaires, et rester connecté à son estomac. La récompense des nouveaux actifs, c’est d’être sous l’influence des hormones coupe-faim grâce à l’exercice en aérobie, et d’ainsi mieux ressentir la sensation de satiété.

Guelfi KJ. Metabolism 2012. Beneficial effects of 12 weeks of aerobic compared with resistance exercise training on perceived appetite in previously sedentary overweight and obese men.

Le poids et la volonté

Alice* est au bord du désespoir. Elle était bien partie, sortie du cercle vicieux des régimes qui lui faisait alterner restriction extrême et bombance, pertes et prises de poids, euphorie dans le contrôle et panique dans le lâcher prise. Elle était bien partie, mais elle a craqué quand même. Une compulsion alimentaire de plus, «sans raison» me dit-elle, juste comme ça, parce que la nourriture appétissante était à portée de main. «Je suis vraiment nulle, je n’ai aucune volonté !» peste-t-elle, au bord des larmes.

Comment lui expliquer que la volonté ne représente qu’une petite partie dans la décision de manger ? Comme 60% des femmes (et sans doute des hommes aussi), elle attribue ses excès alimentaires au manque de volonté(1). Logique, dans une société qui a érigé la responsabilité individuelle en religion et dans laquelle la lutte contre l’excès de poids repose principalement sur le principe du « libre choix ». Il suffirait donc de « décider » de ne pas manger pour contrôler son poids ? Comment expliquer alors qu’Alice mange, alors qu’elle n’a pas faim et ne veut pas manger ?

La recherche en neurobiologie apporte des pistes qui me permettent de faire comprendre à Alice qu’elle n’est pas faible de caractère. Trois processus sont particulièrement importants : la récompense, l’inhibition, et le « time discounting (2)».

La neurobiologie de la récompense est de mieux en mieux connue(3). Les systèmes opioïde et dopaminergique de notre cerveau sont les principaux acteurs de l’intensité du plaisir (récompense) ressenti lors de la prise alimentaire. Chez certaines personnes, ce processus sabote très efficacement les signaux de faim et de satiété qui devraient réguler la balance énergétique. La réponse aux stimuli alimentaires est émoussée et explique le besoin de « reviens-y » décrit par Alice. Notre environnement proposant une multitude d’aliments appétissants et faciles d’accès est véritablement toxique pour ce type de personnes, à la merci de leurs neurotransmetteurs.

Le deuxième système neurologique à être concerné est l’inhibition. L’inhibition de la prise alimentaire est d’autant plus efficace que la zone du cortex préfrontal (celle du contrôle de soi) concernée est « musclée » : les personnes dont la région dorsolatérale du cortex préfrontal s’active facilement sont moins corpulents, ont moins de compulsions alimentaires et perdent plus facilement du poids. Il est tout simplement plus facile pour elles de ne pas manger certains aliments, aussi appétissants soient-ils. Les autres ? A l’instar d’Alice, elles aimeraient bien arrêter de manger, mais leur fonction inhibitrice est moins efficace que la moyenne.

Le « time discounting », qui contribue à l’échec de nombreux régimes, est la tendance de tout être humain à préférer un avantage immédiat qu’un bénéfice à long terme. Nous sommes nombreux-ses à préférer recevoir 100.- tout de suite que 150.- par an pendant 3 ans. Ceci permet de mieux comprendre que nous faisons parfois des choix qui ne sont pas dans notre meilleur intérêt à long terme, mais qui nous procurent un plaisir immédiat. Il se trouve que la valeur accordée au plaisir immédiat est disproportionnée chez certains individus et qu’elle est contrôlée par les mêmes zones cérébrales que celles qui inhibent ou poussent à manger.

Attribuer les excès alimentaires à la seule volonté individuelle (ou à son manque) est injuste, stigmatisant, et inefficace. En comprenant qu’elle ne lutte pas contre sa volonté défaillante mais qu’elle doit tenir compte d’une neurobiologie qui la rend plus vulnérable à un environnement riche en tentations de toutes sortes, Alice sera bientôt capable d’identifier des stratégies permettant de faire face et d’éviter les compulsions alimentaires. Ce n’est pas de la déresponsabilisation, c’est une approche qui permet de tenir compte de tous les facteurs en jeu.

(Inspiré d’un papier de B. Appelhans et al. J Am Diet Assoc 2011 ; 111 :1130-1136. Et par A*, bien sûr)
(1) Selon échantillon représentatif de Françaises (n= 675), CNRS 2003
(2) Pour lequel je n’ai pas trouvé de traduction satisfaisante, suggestions bienvenues
(3) Nous menons actuellement une étude à la filière de Nutrition et diététique à ce sujet (p. 3;  n°121818)

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