Régimes amaigrissants: enfin la solution?

Un récent communiqué de presse annonce la grande nouvelle : le remède contre l’obésité est là ! « PronoKal Group®, leader mondial dans les régimes protéinés, publie après deux ans de recherches une étude imparable ». Et en effet, il semble bien qu’après deux ans la perte de poids soit plus importante dans le groupe « Pronokal® » que dans le groupe « Régime hypocalorique classique ». Super ! Peut-on enfin aider durablement les personnes qui luttent contre leur surpoids ?

A première vue, l’étude a tout pour plaire : des patients d’une consultation hospitalière d’obésité sont tirés au sort afin de recevoir, au hasard, le nouveau traitement ou le traitement « standard » et sont suivis deux ans pour savoir comment ils évoluent.

Mais à y regarder de plus près, tant la manière de poser la question de recherche que de mener le projet ont biaisé l’étude dès le départ.

Des pneus dégonflés

Ainsi, les auteurs affirment qu’ils voulaient tester l’efficacité d’un régime cétogène (pauvre en glucides et riche en protéines) sur la perte de poids. On s’attend donc à une question de recherche du style : un régime cétogène est-il plus efficace qu’un régime équilibré pour perdre du poids, lorsque les autres facteurs qui influencent le poids sont identiques dans les deux groupes ? Cette deuxième partie de la question est primordiale, car sinon il est impossible de s’assurer que c’est bien le régime qui est responsable du résultat observé.

Or, ce n’est absolument pas ce qui s’est passé : dans un groupe, les patients recevaient des conseils et des recommandations, point barre. Alors que dans l’autre, ils recevaient des conseils et des recommandations, mais aussi les portions exactes de substituts de repas qui apportaient pile-poil les calories et les nutriments qui leur étaient permis. Devinez lequel des deux groupes testait la méthode PronoKal®…et devinez lequel a perdu le plus de poids !

En principe, tout aurait du être mis en œuvre pour que les patients, quel que soit leur groupe, respectent bien le protocole et consomment exactement ce qui correspondait à leur régime. Tous auraient donc du recevoir leurs repas, que ce soit sous forme de substitut ou non ! Imaginez un peu la difficulté de modifier ses habitudes alimentaires, c’est à dire aussi sa manière de faire ses achats et de cuisiner, par rapport à ouvrir un sachet et en consommer le contenu ! Les auteurs ont donc comparé la perte de poids de patient-e-s qui recevaient leurs repas (sous forme de substituts, mais quand même des repas), avec la perte de poids de patient-e-s qui devaient se débrouiller par eux-mêmes pour suivre les conseils prodigués.

C’est un peu comme si dans une course cycliste la moitié des vélos ont les pneus mal gonflés, l’effort à fournir pour avancer n’est pas similaire!

Mais ce n’est pas tout.

Dans un groupe, le régime « hypocalorique équilibré » apportait 1’400 à 1’800 kcal, ce qui représentait une réduction de 10% des besoins. Ça permet, théoriquement, une perte de poids lente et modérée. Dans l’autre groupe, le régime PronoKal® apportait 600 à 800 kcal par jour. Soit moins de la moitié ! A votre avis, dans quel groupe observait-on la plus grande perte de poids ?

Tricycle contre vélo de compétition

En vérité, c’est comme si les chercheurs avaient posé la question suivante : Entre un régime qui réduit un peu les apports énergétiques mais qu’il faut suivre en se débrouillant par soi-même et un régime qui diminue les apports de manière drastique et dans lequel les repas sont fournis, lequel permet la plus grande perte de poids ?

Ce qui revient à comparer la performance d’un tricycle et d’un vélo de contre-la-montre… pas besoin de faire une étude compliquée pour connaître le résultat.

Il y a plein d’autres problèmes, dans cette étude. Par exemple, 43% des patients ont abandonné, donc les résultats concernent, au final, seulement 45 personnes (un peu plus d’une vingtaine par groupe). Autre exemple, la durée : au bout de six mois, les personnes sous régime PronoKal® avaient perdu 23% de leur poids initial, alors que les personnes sous régime hypocalorique équilibré (qui je le rappelle, apportait plus du double de calories) en avait perdu 8%. Au bout de 18 mois, le groupe PronoKal® (qui avait réintroduit des aliments normaux, sous surveillance médicale) avait repris 8kg, alors que l’autre groupe avait stabilisé sa perte de 8% de poids. Après deux ans, l’écart entre les groupes s’était encore réduit mais… Oh ! Voici la fin de l’étude et on ne saura pas ce qu’il adviendra ensuite… comme c’est pratique pour les auteurs. Et comme c’est triste pour les patient-e-s.

Car, hélas pour les personnes qui souffrent d’obésité, la solution n’est pas encore arrivée. J’ai du déchanter, et j’ai revu à la baisse mon évaluation de la revue « Endocrine » qui a accepté de publier cette pseudo-étude.

Et surtout, je ne peux que dissuader quiconque voudrait dépenser ne serait-ce qu’un centime pour cette méthode, dont les promoteurs vantent les mérites d’une manière mensongère.

 

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    • krusemanjan
    • 29 janvier 2017

    Super analyse! Bravo!! Ga je aan de editeurs schrijven?

    Zoen Papa

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