La double peine des Rondes

Il y a Lisa*. 50 ans et presque autant de régimes. Elle bénit le temps où elle pesait 65 kg, sa balance lui en indique 20 de plus aujourd’hui. Elle s’est fait une raison, elle mange sainement, bouge régulièrement. Elle ne se déteste pas, elle prend soin d’elle, elle s’habille avec beaucoup de classe et ose la couleur. Elle est très respectée dans son métier qui la passionne. Son médecin persiste à dire qu’elle est obèse et qu’elle devrait maigrir.

Il y a Martine*, qui s’approche de la quarantaine et a fini par accepter qu’après avoir été une enfant « rondelette », puis une adolescente « un peu grosse », elle avait le choix entre être une femme « pulpeuse » ou « voluptueuse ». Elle n’est pas obèse, mais pas mince non plus. Elle dit « assumer ses complexes », ce qui est une belle manière de faire un pied de nez à l’ambivalence.

Il y a Julie*. Quand je l’ai connue elle avait 18 ans, pesait 50 kg pour 1.66, et aurait aimé atteindre 48 kg. Elle trouvait normal de restreindre son alimentation, de lutter contre un inconfort gastro-intestinal chronique (ça s’appelle la faim et ça s’arrête lorsqu’on mange). Un jour elle a réalisé que son poids physiologique était plutôt proche des 58 kg. Elle s’est arrondie, s’est racheté une garde-robe, et vit une trentaine parfaitement heureuse. Mais elle entend des murmures apitoyés : « C’est dommage, elle était si mince ».

Il y a Kathy*, aussi. Je ne la connais pas, mais sa mère m’a parlé d’elle. Avec inquiétude, avec colère, avec dégoût. Parce qu’elle trouve que sa fille est trop grosse, qu’à vingt ans elle pourrait faire un effort quand même. Je ne connais pas Kathy mais je n’aime pas la manière dont sa mère parle d’elle. Comme si elle n’était pas digne d’être aimée parce qu’elle ne rentre pas dans du 38.

Il y en a tant, des Lisa, des Martine, des Julie, des Kathy. Des amies, des patientes, des filles de. Elles ont des corps pleins, des corps ronds, doux et confortables. Ce sont des femmes et des filles qui assument une double peine. Le regard des autres, impitoyable et jugeant. Et leurs propres doutes, leur voix intérieure qui peut être si cruelle par moments, surtout lorsqu’elles se scrutent en sortant de la douche, lorsqu’elles essayent un nouveau maillot de bain, ou qu’elles sont prises en photo. Elles sont fantastiques, vivantes, créatives et intelligentes. Elles essayent de s’aimer comme elles sont, et on devrait en faire autant. Les aimer comme elles sont.

*Evidemment, des pseudos…

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    • Apotheloz
    • 7 février 2011

    Et il y a Luc aussi. Et son cousin Alain et tant d’autres….

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