Archive pour octobre 2010

Du pneu graisseux

Lorsque j’étais étudiante, le tissu adipeux était vu comme un simple lieu de stockage du surplus d’énergie. Une espèce de garde-manger extensible à l’infini. La graisse était déposée dans les cellules adipeuses qui se multipliaient lorsqu’elles étaient saturées.
Depuis quelques années, il est devenu évident que le tissu adipeux fonctionne comme un organe à part entière, capable de secréter 80 protéines différentes*. Elles répondent à de jolis noms : Leptine contribue à contrôler notre appétit, Adiponectine et Résistine influencent le taux de sucre dans le sang. Le rôle précis de la plupart de ces substances est pour l’instant encore inconnu, mais le tissu adipeux viscéral, le « pneu » graisseux autour de la taille, sécrète le plus de substances néfastes pour notre santé. Ceci explique que les personnes en forme de « pomme » ont un risque accru d’être atteintes de maladies cardio-vasculaires, de diabète et de certains cancers que les personnes en forme de « poire ». La mesure du tour de taille fait dorénavant partie du diagnostic nutritionnel : les femmes dont le tour de taille dépasse 88 cm ont un risque de maladies plus élevé, quel que soit leur poids. Pour les hommes, cette limite est de 102 cm.
Aujourd’hui, les étudiant-e-s en nutrition et diététique apprennent les fonctions du tissu adipeux et des substances qu’il sécrète. Mais aussi qu’une perte de 10% de poids chez une personne avec un excès de graisse abdominale permet d’améliorer significativement le taux de sucre et de graisses dans le sang, la tension artérielle et la résistance à l’insuline. Ce qui paraît comme une perte de poids modeste pour certain-e-s a un véritable impact sur la santé !
*Récemment, une équipe néerlandaise a identifié 6 nouvelles protéines et 20 qui n’avaient pas encore été détectées dans les adipocytes humains. Identification of Novel Human Adipocyte Secreted Proteins by Using SGBS Cells. Anja Rosenow et al. Journal of Proteome Research, 2010; 9:5389–5401.

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Atkins et le dur à cuire

Sous ses dehors de dur à cuire se cache une âme sensible. Cet hédoniste vient me voir car il ne trouve plus de chemises suffisamment élégantes qui puissent habiller son corps imposant. Depuis quelques temps, il suit le régime « Atkins » pour perdre du poids. Le régime en question a presque 40 ans et je suis toujours surprise qu’il résiste aux connaissances scientifiques actuelles !

Pour perdre du poids, le régime Atkins est aussi efficace que n’importe quel autre régime : réduisez l’apport calorique, et le poids baissera1. Attention : efficacité à (très) court terme, et seulement si le métabolisme n’a pas été abimé par des régimes amaigrissants à répétition.

Mon dur à cuire au cœur tendre s’est donc transformé en carnivore. Exit le pain, les pâtes, le riz et autres aliments pourvoyeurs de glucides. Par ici le beurre, les steaks de 200g et autres tartares riches en protéines animales !

Une étude récente2 pourrait bien avoir la peau du régime Atkins. Des données issues de 26 ans de suivi chez plus de 120’000 personnes ont mis en évidence qu’une alimentation réduite en glucides était associée à une légère augmentation de la mortalité. Mais en séparant ces petits consommateurs de glucides en 2 groupes, les chercheur-euse-s se sont rendu compte que c’étaient celles qui se servaient principalement d’aliments d’origine animale qui augmentaient leur risque de décéder de maladies cardio-vasculaire et de cancer. Et que, parmi les « petits consommateurs » de glucides, celles et ceux qui privilégiaient les sources de protéines végétales (lentilles et tofu par exemple) diminuaient de 20% leur risque de décès.

Conclusion, une réduction raisonnable des apports en glucides n’est pas une mauvaise idée, à condition de privilégier les végétaux. Mon patient hédoniste va apprendre à apprécier les protéines d’origine végétale, pois cassés, haricots secs et autres quinoa. Et savourer de temps à autres un morceau de viande … de moins de 200 g !

1 Prof A. Golay et son équipe l’ont montré il y a déjà de nombreuses années dans une étude menée à Genève. Similar weight loss with low- or high-carbohydrate diets. A Golay, AF Allaz, Y Morel, N de Tonnac, S Tankova and G Reaven, American Journal of Clinical Nutrition, 1996 : 63; 174-178.

2Publiée par Teresa Fung et coll. Low-Carbohydrate Diets and All-Cause and Cause-Specific Mortality. Annals of Internal Medicine, 2010 (7 sept); 153:289-298.

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