Archive pour juillet 2010

« Je devrais faire du sport »

Je ne compte plus le nombre de fois que j’ai entendu cette phrase. Accompagnée d’un air vaguement gêné, comme s’il était honteux de ne pas aimer faire du sport.
Depuis que la sédentarité a été incriminée comme facteur de risque d’obésité, il semble que l’exhortation à « faire du sport » soit devenue la norme. Alain en a fait les frais récemment : encouragé par son médecin, il s’est mis au fitness avec une grande motivation. Après deux séances, il s’est retrouvé avec une tendinite au genou, obligé à l’immobilité. Françoise, elle, a repris la course à pied. Sa première sortie l’a complètement découragée : elle espérait au moins pouvoir refaire le parcours dont elle avait le souvenir, mais un point de côté l’a obligée à marcher.
Mon médecin circule exclusivement à vélo et a fait plusieurs marathons. Quant à moi, le sport occupe entre 6 et 12 heures de mon temps hebdomadaire. Lorsque nous parlons d’activité physique, nous nous en faisons la même représentation, nous nous comprenons. Comment aborde-t-elle le sujet avec ses patient-e-s obèses ? Se rend-elle compte que pour une personne de 90 kg, monter 3 étages à pied c’est du sport ? Réalise-t-elle que marcher 20 minutes sans s’arrêter, même lorsqu’il ne fait pas très chaud, mettra une personne corpulente en nage, avec tout l’inconfort que cela suppose ? Y songe-t-elle lorsqu’elle recommande à ses patients de « bouger pour leur santé » ?
L’inverse de la sédentarité n’est pas le sport, mais l’activité physique. Pour qui veut bouger davantage, il est indispensable d’évaluer objectivement ses possibilités et ses limites. Et de se souvenir que la performance physique n’est pas une valeur en soi.
PS Alain s’est bien remis. Nous avons adapté son programme de fitness et il peut l’effectuer une à deux fois par semaine sans douleur. Françoise marche deux fois par semaine, pendant 20 minutes. Qui a dit que cela ne servait à rien ? Elle progresse, se sent mieux, et pourra bientôt trottiner sur la moitié du parcours, voire l’allonger un peu.

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Pédaler sous le soleil : avec ou sans sel ?

Juillet. Le Tour de France étire son cortège sous la canicule. Les amateurs admirent, devant la télévision ou sur le bord des routes. Les statistiques s’affolent : températures alarmantes, innombrables “descentes” des coureurs vers les voitures pour se ravitailler en boissons.

Pas de voitures suiveuses pour les cyclistes amateurs dont je fais partie. On remplit deux bidons avant de partir et, si la sortie est longue, on espère trouver une fontaine ou un cimetière (il y a toujours un robinet, dans les cimetières !) pour se ravitailler en route.

Au cours d’un entraînement, j’ai fait un petit sondage concernant la boisson de l’effort « idéale ». Nous étions 6, j’ai entendu 5 recettes différentes. Des variations sur le thème de l’eau (avec du sirop, de la poudre de thé froid, du sel…) ou des boissons énergétiques dont le dosage préconisé était plus ou moins respecté.

Ce que nous dit la science, c’est qu’il est utile de fournir du sel à l’organisme lors d’un entraînement d’endurance, à raison de 1.2 g de sel par litre d’eau. Mais une sortie d’endurance implique souvent un ravitaillement solide, sous forme de barres de céréales par exemple; celles-ci contiennent du sel, il est donc inutile de saler les boissons. Quant aux pastilles de sel, elles sont déconseillées car elles augmentent le risque de déshydratation.

Pour en savoir plus, voir notamment Melin et Jimenez, Cah Nutr Diet 2004; 39:255-260

Merci Miss Ronde

Yasmina Morina est élue “Miss Ronde Univers”. Elle est ronde, elle est belle, elle s’accepte comme elle est.
Et pourtant, chacun s’obstine à lui rappeler que l’obésité est une maladie, des anonymes moqueurs à la journaliste bien intentionnée de la TSR qui l’interviewe pour Mise au Point.

Ne vous laissez pas faire, Yasmina! Plusieurs études ont démontré que être “fat & fit” n’était pas pire que “lean & unfit” – autrement dit, maigreur n’est pas synonyme de santé, loin de là, et un grand nombre de personnes en surpoids sont en parfaite santé, aussi longtemps qu’on ne les abîme pas à coup de régime amaigrissant.

S’il est vrai que l’obésité augmente le risque de décès prématuré (ce qui ne veut pas dire que toute personne obèse est concernée), n’oublions pas que la maigreur est aussi dans ce cas! Je n’ai pourtant jamais entendu de journaliste interroger une Miss filiforme sur sa santé, son alimentation, celle de ses enfants. Alors pourquoi ces thèmes étaient-ils récurrents dans l’interview de dimanche soir?

J’ai aimé entendre Yasmina Morina, Miss Ronde Univers 2010. J’aurais encore mieux aimé en apprendre plus sur elle, sur ses loisirs et ses passions. J’aurais aimé qu’on lui laisse l’occasion d’exprimer sa force de caractère exceptionnelle et de nous dire qu’on peut être ronde et en bonne santé!

PS Jetez aussi un coup d’oeil sur le site de “Big Beauty“. Parce que la vie doit être belle, aussi pour les gens qui n’arrivent pas à maigrir.

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