Archive pour mai 2010

L’aberration des régimes hypocaloriques

Dans notre jargon, les VLCD (very low caloric diets, en anglais) regroupent tous les régimes à (très) basses calories. Quelle que soit la théorie sous-jacente, l’assemblage ou la dissociation des aliments, les rythmes et le nombre de repas préconisés, tous les régimes apportant moins de 1’000 kilocalories par jour tombent dans cette catégorie.

Anne, chaque printemps, se jure de ne pas se laisser avoir. Et chaque printemps, elle se laisse allécher par les promesses en couverture des magazines. Chaque automne, les kilos sont revenus, parfois un peu plus nombreux qu’au départ, alors elle déprime un peu et se dit qu’on ne l’y reprendra plus. Et le printemps arrive… et ça recommence…

Ce qu’Anne vit dans sa chair a une explication physiologique. En diminuant de manière brutale et drastique ses apports alimentaires, Anne oblige son corps à « faire autant avec moins ». En se mettant volontairement en état de sous-alimentation, Anne fait croire à son organisme qu’il est en danger de mort. Si vous vous souvenez de la série « Il était une fois la vie »*, vous pouvez visualiser l’effet d’une telle réduction d’énergie : l’alarme se met en route, tous les voyants sont au rouge, et les protagonistes s’activent pour protéger l’organisme.

L’effet le plus visible est une diminution de la dépense énergétique** et de l’activité de l’hormone thyroïdienne afin de freiner la perte de poids. Anne mange donc moins, beaucoup moins, mais elle dépense également moins d’énergie. Et parce que personne ne peut suivre un régime à très basses calories à long terme, Anne se remettra à manger normalement, un jour ou l’autre. Mais sa dépense d’énergie, elle, ne va pas revenir au niveau initial. Ce qui explique qu’Anne a repris, après chaque régime, plus de poids qu’elle n’en avait perdu.

* Il était une fois la vie, créé par Albert Barillé en 1986.

** Environ 10% de réduction.

Advertisements

Boire ou Courir, faut-il choisir?

Elle n’est pas sportive d’élite, Claudia, mais quand même, « ce serait sympa de finir dans le premier tiers au prochain semi-marathon de Genève ! » [http://www.genevemarathon.ch/].

Je la connais bien, Claudia. Elle s’entraîne régulièrement, mange sainement, adapte son alimentation à l’approche d’une course. Sans faire de régime compliqué, elle est capable d’augmenter ses réserves de glucides dans ses muscles. Cette fois, elle a fait appel à une préparatrice physique pour un entraînement optimal. C’est autour d’un repas dans un agréable restaurant de Carouge* qu’elle me raconte ses misères. « Tant que je fais de l’endurance, ça va bien. Mais dès que je tente une accélération, ou que j’ai une séance d’intervalles**, j’ai le sentiment de courir avec le frein à main ! ». On parle de plan d’entraînement, d’alimentation, de sommeil. On discute les avantages et le risques de l’entraînement matinal à jeun. On n’arrive pas à mettre le doigt sur ce qui cloche, mais on passe un bon moment. Parce que j’ai beau être diététicienne, là, c’est surtout un moment d’amitié, avec un bon repas et un verre de vin ! C’est au dessert que je réalise que c’est Claudia qui a bu la belle part de notre Pinot Noir. Rien d’excessif. Mais je me dis que je devrais peut-être envisager de partager le repas de mes patients, aussi, parce que ça permet d’identifier de petits détails ! Claudia a une consommation tout à fait modérée d’alcool, mais régulière. Ce qu’elle ignore, c’est que l’alcool est transformé (oxydé) exclusivement dans le foie. Or c’est justement le foie qui est responsable de réguler les apports en carburant de nos muscles. Et le cumul des tâches peut devenir difficile à gérer, ce qui expliquerait cette impression de résistance à l’effort.

Alors, plus de vin ? Je la rassure. Si elle évite les boissons alcoolisées les jours d’entraînement, ou la veille si elle prévoit une séance le matin, Claudia peut déjà améliorer son efficacité à l’entraînement. Elle n’a pas de grandes prétentions, donc pas besoin de grands sacrifices non plus !

* Le Café du Marché, si vous voulez tout savoir

** Successions de cadences rapides et de récupération au cours d’une session d’entraînement, le plus souvent contrôlées au moyen d’un cardio-fréquencemètre.

Pourquoi est-ce si difficile de maigrir?

Juste 3 kg. Daniel aimerait perdre juste 3 kg. A 35 ans, cet informaticien considère qu’il doit « faire attention » et ne pas « se laisser aller ». Son mode de vie a  passablement changé au cours des derniers 5 ans. Il a moins de temps pour ses loisirs, beaucoup de ses amis sont devenus parents et ont moins de disponibilités pour partager une partie de tennis.

Daniel surveille donc son alimentation. Il a supprimé l’alcool, sauf une bière le week-end, et s’est fixé une règle qui a l’avantage d’être simple : au repas, il se sert de tout, mais une seule fois. Il y gagne en confort digestif, dit-il et le plus difficile a été d’apprendre à jeter les restes au lieu de les finir.

Lentement mais sûrement, il a perdu 2 kg. Initialement ravi, il a déchanté lorsque l’aiguille de la balance est restée obstinément fixée à 78 kg. « Je sais que mon poids est considéré comme normal, dit-il. Mais moi je me sens bien à 75 kg. Et je ne mange pas plus, alors, pourquoi je ne maigris plus ? ».

Daniel ne maigrit plus car il a atteint un poids d’équilibre. La totalité de l’énergie qu’il consomme (les calories contenues dans les aliments et les boissons) est utilisée. Plus des deux-tiers de cette énergie sert d’ailleurs uniquement à faire fonctionner son organisme : respirer, faire battre son cœur, entretenir sa peau, faire grandir ses ongles et ses cheveux, renouveler ses cellules… la liste des tâches à accomplir est immense, et coûte bien plus cher que l’activité physique. C’est ce qu’on appelle le métabolisme de base. Et ce métabolisme de base dépend très fortement du poids. Cela signifie qu’à 78 kg, Daniel dépense moins d’énergie qu’à 80 kg. Apparemment, cette différence correspond à la diminution de ses apports caloriques, puisque son poids est maintenant stable.

S’il tient à maigrir encore, il devra considérer d’autres changements alimentaires, qui peuvent être extrêmement difficile à tenir dans la durée, et présenter de nombreux effets secondaires indésirables. Il peut aussi essayer d’augmenter l’activité physique

Bouger pour bien grandir

« C’est pour ma fille », me dit-il. Depuis quelques semaines, il s’est remis en mouvement. « Ce n’est pas tellement que je veux qu’elle fasse du sport, mais j’aimerais qu’elle aime bouger ». François à raison. L’activité physique, plus que le sport, favorise une bonne santé chez l’enfant. Et surtout, les enfants qui ont pris l’habitude de bouger, deviendront des adultes plus actifs physiquement. La sédentarité est hélas un sport national : 60% des résidents suisses adultes bougent moins d’une demi-heure par jour, selon leurs propres dires*.

François ne connaît pas ces chiffres, mais il a le bon sens de percevoir que bouger, ce n’est pas seulement « bon pour la santé ». Courir, pédaler, taper dans un ballon, faire du patin à roulettes, de la trottinette, nager (ou barboter !), jouer à cache-cache, danser… Tant d’activités à portée de nos enfants qui confèrent des compétences précieuses tout au long de la vie ! Pouvoir courir pour attraper le bus, être capable de se rattraper sur cette maudite plaque de verglas sur le trottoir, ne pas se laisser intimider par quelques étages lorsque l’ascenseur est en panne, attraper la correspondance à la gare ou l’aéroport… Pas besoin d’être sportif, ni mince, pour développer ces capacités ! Et quelle source de confiance et de bien-être !

Cessons de dire à nos enfants de rester tranquille, qu’ils vont se faire mal, que c’est dangereux ! Comme François, accompagnons nos mômes dans leurs jeux, protégeons-les adéquatement, et donnons-leur la confiance de se lancer ! Laissons-les se salir et s’égratigner, et surtout admirons leur progression, leurs compétences et leur agilité.

*Données de diverses enquêtes menées sous l’égide de l’Office fédéral de la santé publique.

Laquelle de ces citations préférez-vous ?

Fais du bien à ton corps pour que ton âme ait envie d’y rester. Proverbe indien

L’homme est constitué de deux parties, son esprit et son corps. Mais son corps s’amuse beaucoup plus… Woody Allen

C’est du propre!

« C’est du propre ! » J’ai lancé ma remarque sans même y penser. J’avais repéré de loin un groupe de cyclistes colorés, éparpillés sur la route et le bas côté. Un bref instant, je crains d’arriver sur les lieux d’une chute, et je crispe les mains sur mon guidon. Mais non, les démarches sont saccadées, la faute aux chaussures de vélo, mais calmes. Les gestes sont détendus, les rires fusent. Un ravitaillement, ou une pause pipi, sans doute.

Un alignement de 5 dos devant le mur bordant un grand portail confirme ma seconde hypothèse. Normal, il est recommandé de boire fréquemment lorsqu’on pratique un sport d’endurance, et la température clémente d’aujourd’hui doit faire regretter plus d’un d’avoir empilé les couches de vêtements thermiques. La seule manière de rafraîchir le corps en mouvement reste alors de boire. Les pauses pipi font donc partie des sorties à vélo !

J’ai toujours été un peu envieuse de la petite facilité que la nature a fournie à mes copains cyclistes mâles. Mais marquer leur territoire sans même faire les 3 pas qui les séparent des sous-bois, c’est faire preuve d’un sacré sans-gêne, quand même ! Ils ont l’air surpris de ma remarque. Mais ils le seraient encore plus si c’était eux qui s’étaient retrouvés à longer 5 cyclistes féminines, accroupies le long d’un mur, sûres de leur bon droit !

Advertisements
%d bloggers like this: